A Analyse

Rediffusion

In memoriam CDrom – archéologie des sémiophores numériques

chercheur en arts et sciences

Que restera-t-il bientôt du passé numérisé sinon quelques récits aux allures de légendes ? Objets devenus vestiges, programmes illisibles, pages web 404, médias disparus… La métaphore biologique qui tend à donner vie aux médias répugne à déclarer leur mort. Sur la scène médiatique, l’éclat du devenir est toujours préféré au déclin. Mais aujourd’hui, comme le code morse ou le programme radio de météo marine, le CDrom est bien mort. Et la mémoire collective a perdu un média dont la disparition à peine signalée passerait inaperçue. Quelle sépulture serions-nous prêts à lui donner ? Quelle épitaphe lui conviendrait ? Peut-il encore nous adresser quelques messages ? Rediffusion du 20 mars 2019.

Dans les années 1990, la diffusion de la culture informatique soulève à nouveau la question de la mutation des formes de mémoire, de son inscription, de son accès et de sa conservation. En 1995, Bruce Sterling et Richard Kadrey, auteurs et journalistes américains, ont co-signé un appel public (a modest proposal) pour réunir dans un livre collectif des savoirs dispersés. Sous le nom « The Dead Media Project », ils sollicitent dans ce manifeste tous les amateurs, les érudits ou collectionneurs d’objets de communication – objets inutiles et qui sont au rebut – à partager leurs connaissances. À rebours de l’euphorie innovante-mercantile ambiante, et du discours associé concernant les techniques numériques, ils se soucient des erreurs, des ratages et des échecs techno-médiatiques, qu’ils soient récents, proches, distants ou anciens.

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Ce projet de livre devait pour eux « honorer les morts et ressusciter les ancêtres spirituels de la frénésie des nouveaux médias ». Par provocation sans doute, ils en appellent à la production d’un li...

Gilles Rouffineau

chercheur en arts et sciences, enseignant-chercheur à l'Esad Grenoble-Valence