A Analyse

Rediffusion

Idées reçues sur l’école coloniale

Historienne et politiste

Non les élèves africains n’ont jamais récité « Nos ancêtres les Gaulois…». Contre ce type de lectures nostalgiques ou chromatiques simplificatrices, il convient de restituer la complexité de la situation scolaire coloniale. Sans que ce sens nécessaire de la nuance ne conduise pour autant à en euphémiser la violence symbolique et les impasses constitutives, car l’école en contexte colonial n’a jamais été la réplique de son modèle métropolitain, mais plutôt sa torsion conservatrice. Rediffusion du 14 mars 2019.

Malgré les recherches menées depuis plusieurs décennies en sociologie et en histoire de l’éducation, nombre d’idées reçues sur l’école coloniale persistent dans l’ancienne métropole comme dans les anciennes colonies d’Afrique-Occidentale française. Elle est présentée soit comme l’outil par excellence de la « mission civilisatrice », dont le seul horizon aurait été l’émancipation des colonisés, soit comme l’instrument surpuissant de la colonisation mentale et culturelle éradiquant les cultures africaines et produisant des générations scolaires « aliénées ».

publicité

Quoique leurs attendus ne soient pas les mêmes, voire s’opposent frontalement, ces représentations révèlent que le mythe d’une école coloniale exclusivement assimilationniste est encore dominant. Si ce mythe a la vie dure, c’est aussi qu’il entretient les clivages actuels des imaginaires et des mémoires autour de « la colonisation ».

Idée reçue n° 1 : L’école coloniale comme « émancipation »

L’école coloniale est parfois mise au...

Céline Labrune-Badiane et Etienne Smith

Historienne et politiste, Chercheure associée au CRHIA et maître de conférence à Sciences Po Bordeaux