Rediffusion

Un Requiem républicain au Panthéon – sur In nomine lucis de Pascal Dusapin

Musicologue

Présentée à l’occasion de la panthéonisation de Maurice Genevoix en novembre dernier, l’installation musicale In nomine lucis – « Au nom de la lumière » – de Pascal Dusapin a été pérennisée dans les espaces du Panthéon. Cette forme sonore du sublime d’État, « Requiem » voulu par le compositeur, dégage une conception particulière de la République et de « sa » lumière. Rediffusion du 15 juin 2021

Avec la réouverture des monuments et des musées, il est désormais possible de découvrir dans l’enceinte du Panthéon l’installation musicale In nomine lucis, « Au nom de la lumière », de Pascal Dusapin. Diffusée à intervalles réguliers par des haut-parleurs pilotés par un système de spatialisation sophistiqué, il s’agit d’une œuvre double : tantôt un chœur mixte chante en latin des phrases de l’Ecclésiaste, de L’Énéide de Virgile, et une inscription funéraire romaine ; tantôt un acteur et une actrice disent les noms de personnes disparues dans la Grande Guerre. Les moments musicaux résultent de fragments enregistrés par le chœur accentus, et combinés comme une sorte de Rubik’s kub, selon l’expression de Dusapin, qui dit avoir voulu « faire chanter les pierres du Panthéon ».

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C’est une musique d’État d’un nouveau genre, moins un morceau pour une salle de concert qu’une atmosphère acoustique intégrée au monument à l’égal de ses murs, ses statues et ses peintures. Elle est d’ailleurs plus prégnante pour l’expérience sensible des visiteurs que la plupart de ces éléments visuels, du moment qu’elle s’impose à la perception de tous.

L’installation In nomine lucis modifie ainsi le Panthéon lui-même, un lieu resté silencieux depuis le démontage des grands orgues en 1885, lors de sa consécration définitive aux « grands hommes » de la République. Du point de vue esthétique, c’est une innovation significative, qui devrait laisser sa marque dans le bilan de la politique symbolique d’Emmanuel Macron. Toutes proportions gardées, on pourrait même y voir un « geste architectural fort », comme celui un moment envisagé pour la reconstruction de Notre-Dame.

Du point de vue de la parité, cependant, elle représente sans doute une régression, vu l’asymétrie du nombre des noms d’hommes et de femmes que l’on entend désormais dans l’enceinte, sans lien précis avec un événement particulier. Aussi, en réintroduisant la Bible en latin dans le « Temple de la République » pour la première


 

Esteban Buch

Musicologue, Directeur d'études à l'EHESS

Rayonnages

CultureMusique

Mots-clés

Mémoire

Notes