E Entretien

Rediffusion

James C. Scott : « Beaucoup de gens sont anarchistes sans le savoir »

Journaliste

Des dix millénaires qui ont précédé notre ère, on retient l’apparition de l’agriculture, de l’élevage et la création des premiers États qui ont donné naissance aux premières civilisations. Ce récit canonique est enseigné de l’école à l’université sans jamais être remis en cause. C’est pourtant un tout autre récit de l’histoire de la domestication et de la domination que propose l’anthropologue et politiste James C. Scott dans Homo Domesticus : une histoire profonde des premiers États. Rediffusion du 9 mars 2019.

James C. Scott est professeur émérite de science politique et d’anthropologie à l’université de Yale, aux États-Unis. Il nous répond depuis sa ferme du Connecticut, où il vient de s’occuper de ses vaches, des Scottish Highlands. Une façon de maintenir un lien avec son sujet d’étude depuis des décennies, les sociétés paysannes et les différentes formes de résistance à l’État qu’elles ont pu mettre en œuvre. L’anthropologue et politiste y a consacré de nombreux livres, dont quatre ont été traduits en français : La Domination et les arts de la résistance (Amsterdam, 2009), Zomia ou l’art de ne pas être gouverné (Seuil, 2013), Petit Éloge de l’anarchisme (Lux, 2013) et le dernier Homo Domesticus : Une histoire profonde des premiers États publié en début d’année aux éditions La Découverte. James C. Scott y remet en cause le récit canonique qui fait de la domestication des plantes et des animaux le fondement de la civilisation, dont la forme la plus aboutie serait l’État. Il inverse la proposition en s’interrogeant d’une manière faussement naïve, et si ce n’était pas l’homme qui avait domestiqué veaux, vaches et cochons, mais l’inverse ? Dans cette perspective anarchiste, c’est l’homme qui devient une espèce domestiquée par l’État. RB

Raphael Bourgois

Journaliste, Rédacteur en Chef d'AOC