O Opinion

Rediffusion

«Shopping », « benchmarking » et cynisme

sociologue

L’usage par deux ministres des mots « shopping » ou « benchmarking », en mai dernier, à propos des migrants, n’a rien d’anodin. Empruntés au vocabulaire du contentieux transnational, ces termes semblent établir un parallèle entre les pratiques des entreprises qui cherchent à sauvegarder leurs profits, et celles d’hommes et de femmes qui tentent de sauver leurs vies. Encore une fois, la libre circulation des capitaux est préférée à la libre circulation des personnes. Rediffusion d’été.

La « petite phrase » du ministre de l’Intérieur indiquant, lors d’une audition devant la commission des Lois du Sénat le mercredi 30 mai, que « les migrants font du benchmarking » résonne avec la formule tout aussi désastreuse de Nathalie Loiseau – ministre des Affaires européennes – employée le 9 mai, lorsqu’elle affirmait, au Sénat toujours, qu’il existait « un shopping de l’asile ». Au vu des commentaires négatifs suscités par cette formule semblant comparer la demande d’asile au lèche-vitrine, la ministre précisa que cette formule, dont elle reconnut la maladresse, était utilisée « par les spécialistes du régime européen de l’asile ». Est-il vrai que de telles formules sont mobilisées, et si oui par qui, et à quelles conceptions des demandeurs d’asile ou des migrants renvoient-elles aujourd’hui ?

Publicité

La notion de forum shopping s’est en effet développée dans les études relatives au droit international privé, initialement pour désigner la recherche de la juridiction la plus « accueillante » au regard des situations, impliquant en particulier des multinationales, dans lesquelles un contentieux était su...

Liora Israël

sociologue, maîtresse de conférences à l'EHESS