O Opinion

Rediffusion

Réfugiés, exilés : quand l’Europe s’en lave les mains

Ecrivain, Philosophe

Le camp de Moria, sur l’île de Lesbos, est ce que l’on appelle un hotspot, c’est-à-dire un centre de triage pour les migrants arrivant en Europe. Là-bas, à Idlib ou ailleurs, aux frontières de l’Europe, les corps s’entassent dans un invivable sursis, attendant d’être refoulés à l’extérieur. Alors que la panique autour du coronavirus, qui se répand comme un brouillard opaque, vient dissimuler cette crise humanitaire – sans précédent depuis 2011, dit-on – il est nécessaire d’agir contre la barbarie, et pour de nouveaux espoirs. Rediffusion du 12 mars 2020

Au loin

Rarement l’effort d’écrire se sera mesuré comme ces jours-ci au sentiment d’être parfaitement vain ; les lignes qui suivent naviguent au proche, négocient avec le morne écœurement de se savoir inutiles. Non que cela ait jamais été très utile, d’écrire, de tempêter, d’agiter analyses ou imprécations. Non qu’il ait été souvent possible de nouer ensemble les deux sens du verbe prévenir, celui qui alerte et celui qui empêche.

Mais nous avions au moins des formules pour cela, de bons mots qui conjurant l’accablement à notre place nous préservaient un peu d’avoir à l’affronter, le contenaient dans d’élégants diptyques, « optimisme de la volonté et pessimisme de l’intelligence », « il faudrait savoir que le monde est sans espoir et être résolu à le changer », etc. S’agissant de ce qui se joue, d’une part à Idlib, d’autre part à Moria sur l’ile de Lesbos, ou à la frontière bulgare, s’agissant de l’effarante répétition qui s’y indure et de l’indignité qui s’y épanouit, on n’en est plus là, plus du tout.

On en est même loin.

Je m’arrête un instant sur ce motif : sur le loin. ...

Marie Cosnay

Ecrivain, Traductrice

Mathieu Potte-Bonneville

Philosophe