Science et militantisme, une opposition stérile et obscurantiste
Le militantisme est-il contraire à l’esprit scientifique ? Le présupposé contenu dans cette opposition justifie toutes les censures, fortes – ainsi de l’annulation du colloque universitaire au Collège de France sur la Palestine – comme faibles – l’accusation valant disqualification des propos de la personne visée, elle s’exprime alors, mais à condition qu’on ne l’écoute pas, par exemple Gabriel Zucman. On serait bien tenté de hausser les épaules : un Philippe Aghion, conseiller et soutien de Macron, ou un Jean Tirole, très critique ou laudateur envers certains programmes politiques, n’ont pas été sujets à une telle injonction.

Les mêmes qui s’étranglent d’indignation face à la taxe Zucman n’y voient rien à redire. Soupeser les arguments d’un débat selon deux poids et deux mesures ne pose manifestement pas problème à qui considère son point de vue comme l’incarnation de l’objectivité et de la rationalité. Mais il faut aller au-delà de cette ironie facile. Le préjugé reviendra et servira à légitimer les censures futures. Examinons la profondeur de l’injonction à la neutralité du chercheur. A-t-elle une quelconque valeur ou validité ? Ne contrevient-elle pas à l’essence même de la démarche scientifique ?
Dévoiler les impensés de l’injonction à la « neutralité »
Clarifions. L’accusation de militantisme peut recouvrir deux dimensions : se prononcer sur des affirmations en provenance du champ politique, soutenir, élaborer ou critiquer un projet de changement social, une réforme. Le colloque du Collège de France a été annulé au motif de la « stricte neutralité au regard des questions de nature politique ou idéologique », de la « pluralité des analyses », de la « rationalité des arguments » et du « respect de l’intégrité scientifique ». En matière de rationalité, convenons qu’aucune démonstration n’a été apportée, dans le communiqué de censure, de la nature non plurielle des analyses et de l’irrespect de l’intégrité scientifique[1]. D’une manière plus générale, ex
