Cinéma

À la poursuite du bonheur – sur Des preuves d’amour d’Alice Douard

Critique

Raconter le quotidien sans histoire de deux femmes qui s’aiment est un geste politique qui manquait au cinéma français. Avec Des preuves d’amour, Alice Douard l’engage, relatant aussi la longue procédure d’adoption à laquelle devaient se soumettre, avant l’ouverture de la PMA, les couples de femmes désirant accueillir un enfant. La quête administrative s’imbrique à une comédie romantique du remariage jouant des stéréotypes de genre.

Il y a quelques semaines, à la sortie de La petite dernière, une part de la critique a reproché à Hafsia Herzi de rejeter dans le hors-champ la violence de son sujet (comment accepter son homosexualité quand on est une jeune femme musulmane en France aujourd’hui ?) et de préférer orienter son regard sur les moments de douceur et de joie.

publicité

Angélisme de la cinéaste, peur de se confronter à la nature explosive de son sujet ? Il faut plutôt y voir à mon sens des égards pour son personnage qu’elle se refuse à malmener. Si la difficulté de se savoir, se dire, se révéler homosexuelle n’est pas frontale, elle n’est pas non plus tue dans La petite dernière mais le point de vue du film se place en soutien de sa protagoniste et épargne à son spectateur la douleur du rejet. Si l’on n’a pas besoin que le film d’Hafsia Herzi nous raconte les tortures intérieures et nous fasse vivre les insultes et discriminations, c’est que ces motifs existent dans le cinéma depuis des décennies et donc dans notre conscience de spectateur et que le personnage de Fatima arrive sur nos écrans, chargée de ces représentations.

Les cinéastes queer auraient-ils le devoir moral d’incarner un cinéma de la subversion politique et des marges formelles ? Avec le chef d’œuvre Simone Barbès ou la vertu, Marie Claude Treilhou faisait, en 1980, le portrait « en diagonale » d’une liberté sexuelle de la nuit et des sous-sols. Dans le trajet souterrain la menant jusqu’au petit matin, Simone, caissière d’un cinéma porno, traverse un Paris secret à la recherche déçue de l’amour et traverse Paris en décapotable quand tout le monde y dort encore. Alice Douard, dans son premier long métrage, fait danser ses héroïnes dans l’underground du club Virage situé sous le périphérique, mais elle leur fait surtout traverser Paris en plein jour. On peut lui savoir gré de sortir ses personnages lesbiens d’un récit doloriste de marginalisation. De fait, Céline et Nadia, couple marié, offre une image mainstream.

C’est dans


Rayonnages

CultureCinéma