De l’intelligence à la sentience
Le développement d’IA agentives est en chemin, avec son lot de risques de perte de contrôle, mais surtout un potentiel peut-être inégalé de bouleversement de larges secteurs du monde du travail. La question de savoir si nous en sommes venus à créer une technologie au développement exponentiel a été tout récemment relancée de façon opportune, sinon opportuniste, par les ténors d’une industrie dont on ignore encore si, et comment, elle fera la preuve de sa solvabilité.
À supposer que l’intelligence artificielle soit encore susceptible de progrès majeurs, à quels égards faut-il en faire cas, au-delà des projections dystopiques que les circonstances actuelles n’ont pas de mal à inspirer ?

La simulation d’un être intelligent est-elle un être intelligent ?
Sigmund Freud s’est illustré de façon célèbre par la prétention insolente à infliger à l’humanité une troisième blessure narcissique. Non seulement l’être humain n’était-il pas au centre immobile de l’Univers, non seulement n’était-il pas davantage une exception dans le règne animal, mais, ajoutait Freud, il n’est pas même le maître de sa propre volonté, les ressorts les plus intimes de son vouloir lui échappant irrémédiablement.
Freud a pu surestimer sa place (ou celle de la psychanalyse) dans l’histoire longue des humiliations anthropologiques. En revanche, l’essaim de techniques dérivées du deep learning depuis 2012 (AlexNet) – de la victoire au jeu de Go contre Lee Sedol à la ringardisation du test de Turing par les grands modèles de langage, en passant par l’établissement de records successifs en mathématiques – pourrait bien déjà représenter une quatrième blessure narcissique. Il est loin d’être acquis qu’aucun des secteurs où l’humain se targue d’avoir étendu son emprise résiste à l’émulation par une intelligence artificielle[1].
Une IA générative bien guidée – ou toute intelligence générale appelée à prendre sa place – pourrait être sur le point de composer de la poésie de valeur, de rédiger d’excellen
