Oradour coloniaux français et mythologie nationale
« L’oubli, [et] même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. » Ernest Renan, (1882)
« Celui qui, pour des raisons quelles qu’elles soient, patriotiques, politiques, religieuses et même morales, se permet le moindre arrangement de la vérité, doit être rayé de l’ordre des savants. » Gaston Paris (1839-1903), professeur au Collège de France
Le 25 février 2025, sur RTL, le journaliste Jean-Michel Aphatie déclare que la France s’est rendue coupable de nombreux Oradour coloniaux au cours de la conquête de l’Algérie dans les années 1840, notamment. Les Républicains, depuis longtemps adeptes du vieux roman national relatif aux « bienfaits-de-la-colonisation[1] », les extrêmes-droites et les médias de propagande continue du groupe Bolloré ont immédiatement forgé un scandale et œuvré pour sanctionner celui qu’ils accusent d’avoir commis un crime de lèse-nation.

La majeure du syllogisme ancien, mobilisé par ces apologues et qui est au principe de leur croisade politico-culturelle, peut s’énoncer de la façon suivante : la France est la très glorieuse héritière des Lumières, de la Révolution et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
De là cette conséquence, qui est aussi la mineure de ce syllogisme forgé par les élites de la Troisième République, ce pays à nul autre pareil ne saurait perpétrer de tels actes. Remarquable exemple de la puissante mythologie de l’exceptionnalisme qui entretient sans fin la doxa selon laquelle la France est toujours admirable puisqu’en toutes circonstances elle a su rester fidèle à ses principes universalistes et émancipateurs[2]. Les propos de ce journaliste ne sont donc que mensonges éhontés et dangereux puisqu’ils alimentent, affirment doctement les mêmes, une prétendue « guerre des mémoires » et, pis encore, servent les intérêts d’un État étranger : l’Algérie depuis toujours hostile à l’He
