Venezuela : un clou de plus sur le cercueil du multilatéralisme
On connaît la célèbre formule de Lord Palmerston, artisan de la politique étrangère britannique au XIXe siècle : « L’Angleterre n’a ni d’amis ni d’ennemis permanents, elle n’a que des intérêts permanents. » On mesure chaque jour pleinement à quel point le constat vaut bien évidemment pour tous les États, les plus puissants d’entre eux ayant au demeurant la capacité d’imposer unilatéralement ce qui leur importe, au moyen si besoin de la force armée.

Alors que la période contemporaine présente quelques ressemblances troublantes, aux plans international comme interne, avec l’atmosphère des années 1930, la capture le 3 janvier dernier, par les forces américaines, de Nicolás Maduro, chef d’État contesté du Venezuela, et de son épouse Cilia Flores, ainsi que leur exfiltration vers les États-Unis, sonnent tel un écho de la politique de la canonnière, très en vogue avant 1945.
C’est un clou de plus enfoncé dans le cercueil du multilatéralisme, miné par la succession des crises – humanitaire, sécuritaire, économique, environnementale, sanitaire et bientôt énergétique. C’est aussi une brèche supplémentaire dans le système de sécurité collective des Nations unies qui réserve au Conseil de sécurité le pouvoir d’autoriser le recours à la force armée, au titre de sa « responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales », hors cas de légitime défense ou intervention consentie par l’État compétent[1]. En consacrant l’interdiction impérative du recours à la force dans les relations internationales, l’article 2 §4 de la Charte des Nations Unies rapprochait l’humanité de l’horizon utopique si longtemps convoité : faire de la paix l’état normal des relations internationales[2].
L’intervention américaine au Venezuela confirme qu’aujourd’hui, la paix c’est la guerre – une pax romana renouvelée –, voire même que, comme dans 1984, « la guerre c’est la paix ». Constitue-t-elle pour autant le coup de grâce porté aux principes de non intervention et d
