Art contemporain

Tongs, politique et émotions collectives – sur « Sole crushing » de Meriem Bennani

Critique

Par son installation sonore et surprenante à Lafayette Anticipations, Meriem Bennani transforme un objet du quotidien, la tong, en symbole culturel, populaire et politique. Dans la structure de l’exposition, celle-ci devient instrument de musique ou outil de surveillance, amenant à réfléchir aux émotions dans le politique et l’espace social.

Dans The Gender of Sound (Spiral House Editions, 2025), la poétesse canadienne Anne Carson explore les résonances historiques qui sous-tendent les sons produits par les femmes. Revisitant les sound studies à travers le prisme du genre, elle met en lumière la dimension genrée du son, entre « sons acceptables » et « sons inacceptables », ceux qui s’écartent d’un idéal masculin de maîtrise de soi et, par extension, de maîtrise de la cité.

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S’il y a bien quelqu’un qui « fait du bruit » cet hiver à Paris, c’est Meriem Bennani avec son exposition personnelle à Lafayette Anticipations, où elle transforme l’espace en un orchestre visuel et sonore, à la fois chaotique et surprenant, qui fait entendre la multiplicité des voix qui le traversent.

« Sole crushing », une consécration tardive en France

À la fondation Lafayette Anticipations, Meriem Bennani a investi les deux premiers étages du célèbre bâtiment de Rem Koolhaas avec une immense installation immersive, « Sole crushing », conçue initialement en 2024 pour l’exposition « For My Best Family » qui se tenait à la fondation Prada à Milan. Presque 200 tongs, claquettes et savates forment un vaste orchestre coloré. Chaque flip-flop (tong) dispose d’une personnalité fantasmée, aussi abstraite que précise, rassemblant – à travers les chaussures – les multiples personnes susceptibles de les porter, métaphorisant ainsi en quelques traits une société entière : les iconiques claquettes Adidas côtoient des babouches comme des tongs Decathlon, pratiques et tout-terrain, elles-mêmes en dialogue avec une grande quantité de tongs Havaianas, par exemple, désormais portées par les fashionista, une nouvelle prise de guerre d’un classique accessible par l’industrie de la mode, énième signe de distinction.

Explorant la hauteur sous plafond du bâtiment, les claquettes sont réparties en différents îlots, de différentes tailles, tantôt regroupées par type, tantôt mélangées entre elles. La tong, simple objet de caoutchouc ou de plastiqu


Mathilde Cassan

Critique