Politique

Les outre-mer sont-ils encore dans la République ?

Essayiste

À travers le prisme ultramarin se révèlent les contradictions d’un idéal républicain mis à mal : celles qui opposent universalisme et assimilation, capitalisme et quête d’identité, unité proclamée et fractures persistantes. L’actualité de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie en offre un exemple saisissant.

Les outre-mer sont-ils encore dans la République est une interrogation qui peut paraître abrupte au premier abord. Cette formulation directe vise à souligner le fossé entre les principes proclamés de l’idéal républicain et la réalité vécue dans ces territoires. Car si l’expression même de « territoires d’outre-mer » recèle en elle le risque d’une approche généralisante et superficielle, aveugle aux singularités locales, elle désigne aussi, à bien des égards, le théâtre d’un désenchantement républicain profond. La République s’y cherche autant qu’elle s’y défait.

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Et pourtant, au regard de l’actualité récente, notamment celle des débats suscités par le projet d’accord sur l’avenir institutionnel de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie, une autre question mérite d’être posée, presque à rebours : l’avenir de la République ne s’esquisserait-il pas outre-mer ? Aussi incongrue qu’elle puisse apparaître, cette interrogation n’en est pas moins légitime à être soulevée.

Incongrue, car les données socio-économiques ultramarines, patiemment documentées par une myriade de rapports, dressent un tableau d’inégalités structurelles et de crises enkystées, révélant l’échec d’un modèle de développement fondé sur le « rattrapage » perpétuel et l’imposition d’un modèle hexagonal comme seul horizon de projection.

Légitime toutefois, car les territoires dits d’outre-mer ont su remettre en question certaines certitudes sur la République française. Au-delà d’un aspect institutionnel et juridique qui permet, dans une moindre mesure, d’adapter gouvernance et politiques publiques aux réalités locales, l’application malléable de principes dits républicains témoignent d’une diversité déjà à l’œuvre des modes d’appartenance nationale.

En témoigne, ces derniers mois, le débat soulevé dans l’opinion publique par le projet d’accord sur l’avenir institutionnel de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Si ce texte suscite des réserves sérieuses sur le fond, notamment concernant l’ambiguïté du transfert réel


Jeanne Belanyi

Essayiste, Directrice de l'observatoire des Outre-mer de la Fondation Jean Jaurès