« Don’t Look Up » l’habitat de demain
Le 18 décembre dernier, l’Assemblée générale du Groupement d’intérêt public L’Europe des projets architecturaux et urbains (GIP EPAU) entérinait une décision prise par le Premier ministre : réduction de 70 % de son budget, extinction de ses programmes, et donc de ses activités, au 30 juin 2026.

Mais qu’est-ce que le GIP EPAU ? Et surtout de quelle pathologie cette suppression est-elle le symptôme[1] ?
Une histoire des relations entre recherche urbaine et État
Cette structure créée au début des années 2000 s’inscrit dans une histoire longue et complexe des relations entre les institutions d’État et la connaissance scientifique dans le domaine urbain.
Plusieurs étapes jalonnent ces périodes, à commencer par le choc qu’a représenté Mai 68 dans l’administration et l’exécutif central et qui s’est traduit, pour ce qui nous concerne, par la création de la Mission de la recherche urbaine (MRU), pilotée par Michel Conan, sous l’impulsion de la Délégation générale à la recherche scientifique et du ministère de l’Équipement. Dominée par les ingénieurs, et à travers eux, le corps des Ponts et chaussées, la MRU avait pour tâche de mieux comprendre la société urbaine et ses « pathologies », dans un contexte de mutations des mondes du travail, de révolution des transports ou de la problématique émergente des grands ensembles.
La MRU procède par appels à projets de recherche inaugurant une ère de recherche incitative qui définit des priorités et des axes de travail. Elle finance une génération de sociologues qui s’emparent des terrains urbains pour questionner les transformations du capitalisme industriel. C’est ainsi dans ce contexte que sont publiés les enquêtes de Manuel Castells et Francis Godard sur le « capitalisme monopolistique d’État[2] », celles de Christian Topalov sur les promoteurs immobiliers[3] ou de Jean-Claude Chamboredon et Madeleine Lemaire sur les grands ensembles[4].
Ouvrage de référence sur cette période, Contre l’État, les sociologues de Michel Amio
