Urbanisme

« Don’t Look Up » l’habitat de demain

Politiste, Sociologue

L’histoire des relations entre l’État et l’urbanisme est longue. Depuis 1968, avec la MRU conçue pour se pencher sur les « pathologies » de la société urbaine, jusqu’à décembre dernier, où l’Assemblée a entériné la fin du programme interministériel « l’Europe des projets architecturaux et urbains ». Que dit cette rupture avec les territoires et la recherche publique ? Alors que climat et inégalités sont à l’ordre du jour des futures élections.

Le 18 décembre dernier, l’Assemblée générale du Groupement d’intérêt public L’Europe des projets architecturaux et urbains (GIP EPAU) entérinait une décision prise par le Premier ministre : réduction de 70 % de son budget, extinction de ses programmes, et donc de ses activités, au 30 juin 2026.

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Mais qu’est-ce que le GIP EPAU ? Et surtout de quelle pathologie cette suppression est-elle le symptôme[1] ?

Une histoire des relations entre recherche urbaine et État

Cette structure créée au début des années 2000 s’inscrit dans une histoire longue et complexe des relations entre les institutions d’État et la connaissance scientifique dans le domaine urbain.

Plusieurs étapes jalonnent ces périodes, à commencer par le choc qu’a représenté Mai 68 dans l’administration et l’exécutif central et qui s’est traduit, pour ce qui nous concerne, par la création de la Mission de la recherche urbaine (MRU), pilotée par Michel Conan, sous l’impulsion de la Délégation générale à la recherche scientifique et du ministère de l’Équipement. Dominée par les ingénieurs, et à travers eux, le corps des Ponts et chaussées, la MRU avait pour tâche de mieux comprendre la société urbaine et ses « pathologies », dans un contexte de mutations des mondes du travail, de révolution des transports ou de la problématique émergente des grands ensembles.

La MRU procède par appels à projets de recherche inaugurant une ère de recherche incitative qui définit des priorités et des axes de travail. Elle finance une génération de sociologues qui s’emparent des terrains urbains pour questionner les transformations du capitalisme industriel. C’est ainsi dans ce contexte que sont publiés les enquêtes de Manuel Castells et Francis Godard sur le « capitalisme monopolistique d’État[2] », celles de Christian Topalov sur les promoteurs immobiliers[3] ou de Jean-Claude Chamboredon et Madeleine Lemaire sur les grands ensembles[4].

Ouvrage de référence sur cette période, Contre l’État, les sociologues de Michel Amio


[1] Par souci de transparence, je précise que j’ai été employé au sein du GIP EPAU entre décembre 2021 et août 2023. Désormais, enseignant-chercheur statutaire dans une université, je continue d’explorer dans le cadre d’une enquête en cours les relations entre la recherche urbaine et l’État dans une perspective socio-historique. C’est sous cette double casquette que je propose cette analyse, rapide et à chaud, de l’extinction programmée du GIP EPAU.

[2] Manuel Castells, Francis Godard, Monopolville. L’Entreprise, l’État, l’urbain, Mouton, 1974.

[3] Christian Topalov, « Un système d’agents économiques : la promotion immobilière », La Pensée, n°166, 1972.

[4] Jean-Claude Chamboredon, Madeleine Lemaire, « Proximité spatiale et distance sociale. Les grands ensembles et leur peuplement », Revue française de sociologie, n°11(1), 1970.

[5] Pierre Lassave, Les Sociologues et la recherche urbaine dans la France contemporaine, Presses Universitaires du Midi, 1997.

[6] Sous l’article du Monde qui relatait la décision de démantèlement du GIP EPAU, il est frappant de constater la concordance de la plupart des commentaires des lecteurs. Un lectorat tout acquis à la cause austéritaire et au scepticisme scientifique qu’on pensait réservé aux fractions les plus populistes du commentaire politique : « à quoi servait ce machin qui coûtait trop cher de toute façon ? Bon débarras », en somme.

[7] Les débats sur la loi « simplification de la vie économique » de juin dernier qui ont tourné au concours Lépine de la suppression des agences ne sont pas si loin, tandis que les menaces pesant sur le CEREMA, les CAUE et l’ADEME persistent.

[8] Un inspecteur des finances et un président de chambre honoraire à la Cour des comptes. Ironiquement, leurs collaborateurs sont installés dans les locaux de la Mission de reconstruction de Notre-Dame, désormais disponibles.

Nicolas Maisetti

Politiste, Sociologue, Maître de conférences à l’Université Paris 8

Mots-clés

Démocratie

Notes

[1] Par souci de transparence, je précise que j’ai été employé au sein du GIP EPAU entre décembre 2021 et août 2023. Désormais, enseignant-chercheur statutaire dans une université, je continue d’explorer dans le cadre d’une enquête en cours les relations entre la recherche urbaine et l’État dans une perspective socio-historique. C’est sous cette double casquette que je propose cette analyse, rapide et à chaud, de l’extinction programmée du GIP EPAU.

[2] Manuel Castells, Francis Godard, Monopolville. L’Entreprise, l’État, l’urbain, Mouton, 1974.

[3] Christian Topalov, « Un système d’agents économiques : la promotion immobilière », La Pensée, n°166, 1972.

[4] Jean-Claude Chamboredon, Madeleine Lemaire, « Proximité spatiale et distance sociale. Les grands ensembles et leur peuplement », Revue française de sociologie, n°11(1), 1970.

[5] Pierre Lassave, Les Sociologues et la recherche urbaine dans la France contemporaine, Presses Universitaires du Midi, 1997.

[6] Sous l’article du Monde qui relatait la décision de démantèlement du GIP EPAU, il est frappant de constater la concordance de la plupart des commentaires des lecteurs. Un lectorat tout acquis à la cause austéritaire et au scepticisme scientifique qu’on pensait réservé aux fractions les plus populistes du commentaire politique : « à quoi servait ce machin qui coûtait trop cher de toute façon ? Bon débarras », en somme.

[7] Les débats sur la loi « simplification de la vie économique » de juin dernier qui ont tourné au concours Lépine de la suppression des agences ne sont pas si loin, tandis que les menaces pesant sur le CEREMA, les CAUE et l’ADEME persistent.

[8] Un inspecteur des finances et un président de chambre honoraire à la Cour des comptes. Ironiquement, leurs collaborateurs sont installés dans les locaux de la Mission de reconstruction de Notre-Dame, désormais disponibles.