L’or brun que l’on gaspille
En moins d’un mois, le conflit déclenché en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz vient de provoquer une nouvelle flambée des prix des engrais de synthèse azotés que nous importons, l’urée passant de 487,5 dollars la tonne à 715 dollars, soit +47 %, sachant qu’au début de la guerre en Ukraine en 2022, c’est la somme de 1 000 dollars que l’on avait pu atteindre.

C’est à la fois le blocage de produits pétroliers, dont le gaz, qui est physiquement indispensable à la fabrication de ces engrais, mais aussi le blocage de 30 % de ces engrais mondiaux qui l’expliquent. Cette situation montre d’une part à quel point nos systèmes alimentaires sont fragiles tant qu’ils ne substituent pas ces engrais de synthèse par des alternatives, et d’autre part que la valorisation des excrétats humains en fertilisants locaux et biosourcés revêt une importance stratégique pour notre souveraineté alimentaire.
Il faut revenir à la compréhension des enjeux liés au dérèglement des cycles de l’azote et du phosphore, laquelle a fortement progressé ces dernières décennies. La perturbation des flux de nutriments conduit en effet à l’un des dépassements les plus importants de l’une des neuf limites planétaires. Elle résulte notamment du recours aux engrais de synthèse et de l’ouverture des cycles des matières organiques, caractérisée par d’importants rejets vers les environnements aquatiques et par de faibles taux de retour au sol des nutriments.
L’assainissement conventionnel et les stations de traitement des eaux usées, en tentant de limiter la pollution des rivières, participent à un système de gestion linéaire qui détruit l’azote des excrétats humains évacués par les chasses d’eau et empêche ainsi le recyclage des nutriments ingérés par les humains. Ce système induit à la fois la perte d’engrais potentiels et l’augmentation des prélèvements et de la pollution de l’eau, puisqu’un litre d’urine partant au tout-à-l’égout est entraîné par 20 à 30 litres d’eau en moyenne. Le changement clim
