Municipales 2026

L’attractivité, un mythe au cœur du capitalisme contemporain

Politiste

En matière d’exil fiscal, de mesures « pro-business » ou de marketing territorial, un même récit enjoint les pouvoirs publics à se jeter dans la course à l’attractivité. Or, enquêter sur le renouvellement urbain par grand projet illustre que les entreprises et salarié.e.s diplômé.e.s sont beaucoup moins mobiles qu’il n’y paraît et qu’il y a bien des raisons de douter des bienfaits des politiques visant à les retenir ou à les attirer. À un mois de l’échéance de 2026, AOC poursuit sa série d’articles sur la structuration de l’offre politique et les enjeux d’action politique liés aux municipales.

Le 31 août 2025, le premier ministre fustige le projet de taxe sur les hauts patrimoines inspiré des propositions de Gabriel Zucman, le présentant comme une « menace sur les investissements en France » qui serait à l’origine d’un « nomadisme fiscal ».

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Quelques mois plus tôt, la huitième édition du sommet « Choose France » célébrait les 40,8 milliards d’euros d’investissements directs étrangers qui feraient de la France « le pays le plus attractif d’Europe ».

Au niveau local, on ne compte plus les rapports d’experts, les discours d’élus et les projets d’aménagement qui visent à rendre les territoires « désirables » et « hospitaliers ». Si différents que soient ces dispositifs et les univers sociaux qu’ils impliquent, on retrouve depuis plus de cinq décennies un même récit, flou et ambivalent, selon lequel État et collectivités seraient au cœur d’une compétition internationalisée pour la captation des flux de capitaux, d’entreprises, de touristes et de salarié.e.s diplômé.e.s.

Or l’enquête que j’ai menée auprès des professionnels du développement territorial en charge de deux grands projets de renouvellement urbain et qui est l’objet de mon dernier ouvrage, révèle une tout autre réalité[1]. Le projet de l’Union dans l’agglomération de Lille et l’« exposition internationale d’architecture de Hambourg » – Internationale Bauaustellung (IBA) Hamburg – ont pour point commun d’allier objectifs de développement social local et de promotion du rayonnement international de leur métropole.

La perspective de sociologie croisée adoptée pour retracer l’histoire de ces politiques visant à transformer l’image, la population et le tissu économique de quartiers anciennement industrialisés met au jour les logiques et les contradictions du gouvernement localisé du capitalisme à l’œuvre dans ces projets, comme au-delà de ces cas singuliers.

Derrière le récit d’un monde hyper-mobile, des sociétés urbaines aux ancrages très localisés

« Les marchés métropolitains dans les bureaux,


[1] Clément Barbier, En quête d’attractivité. Le renouvellement urbain par grand projet dans les métropoles de Lille et Hambourg, Presses Universitaires de Rennes, 2025.

[2] Pour une analyse de l’un de ces grands événements, le salon du MIPIM à Cannes, et de la manière dont les transactions qui y ont lieu sont davantage des mises en scène de décisions prises antérieurement qu’un espace de mise en concurrence effective entre territoires pour la captation d’investissements internationaux voir : Antoine Guironnet, Au marché des métropoles. Enquête sur le pouvoir urbain de la finance, Éditions les Étaques, 2022.

[3] Voir : Jean-Pierre Delisle et Frédéric Lainé, « Les transferts d’établissements contribuent au desserrement urbain », Économie et Statistique, n° 311, 1998, p. 91-106. Voir également : Michel Grossetti, Jean-François Barthe et Nathalie Chauvac, Start-ups, des entreprises comme les autres ? Une enquête sociologique en France, Sorbonne Université Presses, 2018.

[4] Voir : Hélène Martin-Brelot, Michel Grossetti, Denis Eckert, Olga Gritsai et Zoltan Kovács, « The Spatial Mobility of the « Creative Class »: A European Perspective », International Journal of Urban and Regional Research, vol. 4, 2010/34, p. 854-870. Voir également : Allen J. Scott, « Jobs or amenities ? Destination choices of migrant engineers in the USA », Papers in Regional Science, vol. 1, 2010/89, p. 49-63.

[5] Thierry Theurillat, Patrick Rérat et Olivier Crevoisier, « Les marchés immobiliers : acteurs, institutions et territoires », Géographie, économie, société, vol. 2, 2014/16, p. 233-254.

[6] Frédéric Teulon, « Avis d’expert. Le syndrome McKinsey ou la déroute du management public », Question(s) de management, vol. 2, 2022/39, p. 207-213.

[7] Christiana HJI Panayi, « Exit Taxation as an Obstacle to Corporate Emigration from the Spectre of EU Tax Law », Cambridge Yearbook of European Legal Studies, vol. 13, 2011, p. 245-281.

[8] Collectif Asphalte, Tenir la ville. Luttes et résistances contr

Clément Barbier

Politiste, Enseignant-chercheur en sociologie et science politique (Université Polytechnique Hauts-de-France)

Notes

[1] Clément Barbier, En quête d’attractivité. Le renouvellement urbain par grand projet dans les métropoles de Lille et Hambourg, Presses Universitaires de Rennes, 2025.

[2] Pour une analyse de l’un de ces grands événements, le salon du MIPIM à Cannes, et de la manière dont les transactions qui y ont lieu sont davantage des mises en scène de décisions prises antérieurement qu’un espace de mise en concurrence effective entre territoires pour la captation d’investissements internationaux voir : Antoine Guironnet, Au marché des métropoles. Enquête sur le pouvoir urbain de la finance, Éditions les Étaques, 2022.

[3] Voir : Jean-Pierre Delisle et Frédéric Lainé, « Les transferts d’établissements contribuent au desserrement urbain », Économie et Statistique, n° 311, 1998, p. 91-106. Voir également : Michel Grossetti, Jean-François Barthe et Nathalie Chauvac, Start-ups, des entreprises comme les autres ? Une enquête sociologique en France, Sorbonne Université Presses, 2018.

[4] Voir : Hélène Martin-Brelot, Michel Grossetti, Denis Eckert, Olga Gritsai et Zoltan Kovács, « The Spatial Mobility of the « Creative Class »: A European Perspective », International Journal of Urban and Regional Research, vol. 4, 2010/34, p. 854-870. Voir également : Allen J. Scott, « Jobs or amenities ? Destination choices of migrant engineers in the USA », Papers in Regional Science, vol. 1, 2010/89, p. 49-63.

[5] Thierry Theurillat, Patrick Rérat et Olivier Crevoisier, « Les marchés immobiliers : acteurs, institutions et territoires », Géographie, économie, société, vol. 2, 2014/16, p. 233-254.

[6] Frédéric Teulon, « Avis d’expert. Le syndrome McKinsey ou la déroute du management public », Question(s) de management, vol. 2, 2022/39, p. 207-213.

[7] Christiana HJI Panayi, « Exit Taxation as an Obstacle to Corporate Emigration from the Spectre of EU Tax Law », Cambridge Yearbook of European Legal Studies, vol. 13, 2011, p. 245-281.

[8] Collectif Asphalte, Tenir la ville. Luttes et résistances contr