Théâtre

Déjouer la fascination – sur Chiens de Lorraine de Sagazan

Philosophe et écrivain

Un an après Léviathan, Lorraine de Sagazan ajoute un quatrième volet à son cycle de pièces documentant les violences de notre système social. Chiens, créé au Théâtre des Bouffes du Nord, est une plongée éprouvante et cathartique dans le monde de l’industrie pornographique qui mêle théâtre et chant baroque, pornographie et religion, critique des images et émancipation des corps. Ou comment exorciser par la musique et le jeu la fascination des images.

Ça commence par un avertissement projeté sur les deux murs latéraux de la salle des Bouffes du Nord rappelant au public que « ce spectacle contient des scènes de violence sexuelle, d’exploitations et d’humiliations racistes et sexistes », que nous sommes invités « à prendre soin de nous » et donc « à nous sentir libre de quitter la salle à tout moment ».

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Des spectateurices sont parties en effet le soir où j’ai assisté au spectacle, quelques dizaines, assez tard. On peut imaginer que la violence du récit introductif et des paroles projetées sur un petit écran rond et noir en fut la raison principale.

Cet avertissement est suivi d’un rappel des faits, quelques lignes projetées sur les mêmes murs, l’affaire French Bukkake, nom d’un label qui produisait des vidéos pornographiques particulièrement dégradantes de femmes recrutées sur les réseaux sociaux. Seize hommes ont été mis en examen pour « viols », « viols en réunion », « proxénétisme aggravé » et « traite d’êtres humains », accusations auxquelles la Cour de Cassation a ajouté les qualifications aggravantes de « racisme » et de « sexisme ».

Le procès n’a pas encore eu lieu mais une vidéo en accès libre sur le site Mediapart donne la parole à quatre plaignantes qui racontent ce qui leur est arrivé après qu’elles ont croisé la route de Pascal Ollitrault, directeur du label et principal mis en cause dans cette affaire. Cette vidéo offre un contrechamp nécessaire et édifiant au spectacle de Lorraine de Sagazan.

Avertissement et rappel de l’affaire, en dehors du fait qu’ils préviennent un public certes acquis à la cause du spectacle mais susceptible d’être effectivement affecté par ce qu’il va voir et entendre (et plusieurs spectateurices l’ont été et le seront), désignent un dehors à la scène et à ce qui s’y joue auquel renverra à nouveau une intervention de Lorraine de Sagazan à la toute fin du spectacle, après que le plateau se sera vidé et que les lumières seront revenues à leur configuration de salle. Dési


Bastien Gallet

Philosophe et écrivain