« Progressisme » : étendard ou épouvantail ?
«Progressisme » : voilà un mot courant, mais dont on ne sait plus trop ce qu’il désigne[1]. Qui l’emploie et à quelles fins ? Sert-il à vanter ou à dénoncer une position, le plus souvent politique ? Un rapide tour d’horizon contemporain témoigne aisément que son sens est loin d’être univoque.

Au début de son premier quinquennat, Emmanuel Macron s’est, à plusieurs reprises, revendiqué du progressisme. Il l’a notamment fait, en grande pompe, le 9 juillet 2018, devant l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en congrès à Versailles. Dans son discours, il a brossé un paysage politique européen bipolarisé et manichéen : « La crise que nous traversons nous dit une chose : l’Europe des assis, l’Europe des assoupis est terminée, un combat est en train de se livrer qui définira le projet de l’Europe à l’avenir, celui d’un repli nationaliste ou celui d’un progressisme contemporain ». Le décor est planté, les oppositions balisées : deux voies s’ouvrent à l’Europe, le nationalisme ou le progressisme, le repli ou l’ouverture. Il n’est pas de troisième voie. Qui se veut républicain et/ou démocrate devra opter pour le progressisme.
Emmanuel Macron semble rejouer le scénario qui, un an auparavant, en mai 2017, l’a conduit au pouvoir à l’échelon national. Après s’être présenté comme l’homme capable de dépasser le clivage traditionnel entre la droite et la gauche[2], il s’est imposé au second tour face à l’extrême droite de Marine Le Pen.
À l’inverse, qui consulte la 9e édition actuelle du Dictionnaire de l’Académie française est renvoyé par la brève notice « progressisme » (doctrine ou état d’esprit progressiste) à l’article « progressiste », dont les connotations sont ancrées dans le clivage droite/gauche : « Qui croit au progrès de l’humanité et veut réformer en profondeur la société au nom de l’égalité et de la justice sociale ; par affaiblissement, réformiste et, spécialement, partisan de la gauche. » D’un côté donc, le « progressisme » est l’opposé du « nationalisme »
