Culture

Une piñata dénonce l’inculture des autorités

Philosophe

Fin janvier 2026, des étudiants de la Haute École des arts du Rhin réalisent une performance dans le cadre d’un travail sur le carnaval, et détruisent une piñata en forme de voiture de police de laquelle s’échappent des feuilles reproduisant des informations sur les violences policières. Les réactions indignées d’élus ou du ministère de l’Intérieur portent sur la défense de la police. Retour au point de départ : quelles fins attribue-t-on à l’art contemporain ?

Résumé des faits : fin janvier 2026, vers 20h, à la Haute École des arts du Rhin (Mulhouse), dans l’espace dédié à l’apprentissage qu’est le hall de leur école, des étudiants réalisent une performance, résultat d’un travail pédagogique autour du thème du carnaval. Ce travail réunit plusieurs œuvres, dont personne ne parle d’ailleurs.

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Seule la performance, vite isolée des autres travaux en forme de restitution publique des recherches durant le temps imparti, retient l’attention désormais des autorités, de la presse, du ministre de l’Intérieur. Elle réunit, outre les étudiants, des invités divers sur carton d’invitation, parmi lesquels des artistes bien sûr, mais aussi des amis et des personnalités locales, dont l’une des adjointes de la maire.

Précisons-le encore. Cette performance n’est pas parue dans un espace public. En mode fiction, elle ne touchait à aucun fruit défendu. Elle donnait à voir une piñata géante en voiture de police (figuration en mode « imitation », signes visibles, couleurs incontestables, forme globale de voiture), prise à partie par des étudiants aux yeux bandés, démolie ainsi qu’il en va des piñatas habituelles. D’elle découlent alors des tracts portant dénonciation des violences policières en général, incluant l’ICE de Donald Trump.

Art en outrage ou outrage de l’art

Les réactions les plus nombreuses, celles des élus en particulier, à cette performance sont « choquantes et stupides », affirme la philosophe Marie-José Mondzain, comme beaucoup d’autres et nous-mêmes, notamment en ce qu’elles assèchent tout débat possible en rapport avec l’adresse du travail et qu’elles s’affichent sous une forme particulière : « Celle de se croire autorisé à faire ce qu’on veut. » Ces réactions, qui concernent finalement peu l’ouvrage proposé comme objet de réflexion artistique au cours d’un travail collectif, consistent en un signalement négatif presque immédiat à la sous-préfecture du Haut-Rhin, une série d’indignations privées et publiques de la mai


Christian Ruby

Philosophe, Professeur, chargé de cours à l’ESAD-TALM site de Tours