Les conflits, face immergée des relations de voisinage
La surexposition médiatique des conflits de voisinage, leur juridicisation grandissante et les débats récents autour de la mise en place d’outils législatifs pour les réguler donnent à penser qu’ils sont aujourd’hui de plus en plus nombreux et que les relations de voisinage se limitent à ces conflits. Or, comparativement à ce qui avait été observé au début des années 1980, ils n’ont pas augmenté[1]. Ils constituent, à la fois, un trouble de voisinage parmi d’autres et une forme particulière des sociabilités de proximité. Ils revêtent de surcroît des formes très variées, selon les populations et selon les contextes dans lesquels ils émergent.

Les conflits, un trouble et une relation de voisinage parmi d’autres
Dans l’ensemble des troubles de voisinage, au sein desquels figurent outre les conflits, les gênes, les pratiques d’évitement de certains voisins ou le fait de sentir jugé par ses voisins, les conflits sont loin de représenter la plus grande part. Dans l’enquête « Mon quartier, mes voisins » réalisée dans 14 contextes résidentiels auprès de plus de 2500 personnes, alors que 25 % ont déclaré être entrés en conflit avec au moins un voisin depuis leur installation dans leur logement actuel, 24 % se sont déjà sentis jugés par un ou plusieurs voisins, 20 % évitent régulièrement un ou plusieurs voisins et 86 % ont déclaré au moins une gêne de voisinage (les bruits, les saletés et dégradations, les odeurs…).
Si les gênes liées au voisinage sont particulièrement importantes, elles ne donnent pas naissance le plus souvent à des conflits. Il faut y voir ici l’expression d’une certaine tolérance aux troubles du voisinage, qui est très présente dans la structuration des rapports aux voisins, et qu’exprime bien par exemple Renée Dehove, 80 ans, retraitée, habitant dans le quartier parisien des Batignolles, dans l’extrait d’entretien suivant :
« — Au-dessus enfin c’est des, comment dire, des Vietnamiens. Ils doivent faire un déménagement par jour mais bon il faut a
