Roman (chantier)

Pauvre capital

Écrivain

Jacques Jouet, dont Rakki Nouha. La musique et les miettes, vient de sortir aux Éditions de la Philharmonie, est en train d’écrire un roman. Pauvre capital est son titre. Et il s’ouvre, relativement étonnamment pour un oulipien, sur un premier chapitre – celui d’aujourd’hui. Lequel chapitre se clôt sur une énigme, et de ce fait sur la frustration des lecteur.ices, que l’annonce d’une suite, « Pauvre capital 2. Le mouvement NdlD (Naître dans la dignité) », n’apaisera en rien. On attendra donc ! Texte inédit.

1. Le défenestré de Wall Street

Il paraît que c’est même pas vrai.

Qu’il n’est aucunement avéré que Wall Street en octobre 1929 eût été le théâtre d’une vague de défenestrations volontaires ou suicides selon Newton, ni même d’un seul. Winston Churchill qui était à New York pour veiller au grain quant à certains de ses avoirs en péril aurait lancé la rumeur, dite depuis « légende urbaine ». Wikipedia m’informe et je transmets.

Mais attention, le monde ne s’est pas arrêté de tourner, de plonger et de grincer en 1929. Pas loin de cent ans plus tard, il y a toujours une Wall Street, non loin d’un ex-quartier haut en altitude où entre 8 et 10 heures du matin quelques défenestrations volontaires auront un jour anticipé une mort sûre.

Sans doute les capitalistes, dont les ennemis affirment périodiquement qu’ils « vont droit dans le mur », ont parfois un coup de chaud devant la conjoncture. Mais cela, sans jamais désespérer, absolument jamais. C’est ce qui rend invraisemblable la vague de suicides dans leurs rangs pour cause de crise. Un krach boursier ? Pas de quoi céder à la panique. Les capitalistes vont droit dans le mur, d’accord, mais ne sont-ils pas toujours convaincus que le mur, il est à leur main, à savoir qu’il leur suffit de s’en porter acquéreur ? Alors, ni une ni deux, sans attendre, ils l’achètent, et comme tout ce qu’ils possèdent commence et finit par leur ressembler, s’ils vont dans le mur ils vont droit dans eux-mêmes, autre catégorie de narcissisme. Au demeurant, le sol est une sorte de mur, un mur horizontal, quelque chose comme un bon matelas (de billets ou de titres), un filet pour le trapéziste du grand cirque de la spéculation mirobolante.

Acheter le mur en morceaux idéologiques à revendre, voilà au fond ce qu’ils ont fait, les capitalistes, en 1989, à Berlin. Ils ont par la même transaction acquis pour le privatiser le vocable « chute » afin de l’imposer au monde, subrepticement, comme ils font souvent, sans avoir l’air de coup férir. Il me semble


Jacques Jouet

Écrivain, Membre de l'Oulipo