Le malaise dans le droit international
Il y a un malaise dans le droit international. Rien de bien nouveau, dira-t-on, tant il est commun d’énumérer les transgressions flagrantes et humiliantes que lui font subir les politiques de puissance. Venezuela, Groenland, Ukraine, Gaza… la liste est ouverte des noms propres autour desquels s’égrènent nos déplorations. Ce qui, sous la plume de Kant, était défini comme un « projet de paix perpétuelle » semble parfois réduit à un « projet d’indignation perpétuelle », comme si le seul effet de ce droit était de nous ramener au constat que, dans le fond, celui-ci n’existe pas.

Le cynisme de la Realpolitik pourrait presque apparaître comme une saine réaction de rejet face à une institution qui, de toute évidence, n’est pas en mesure d’avoir le pouvoir régulateur qu’elle revendique et qui lui donne sa raison d’être.
Le malaise dont on voudrait parler ici vient de plus loin. Il n’est pas conjoncturel, mais structurel. Il ne tient pas seulement au spectacle répété de la transgression d’une norme établie, mais à l’ambiguïté même du statut de cette norme, et aux ambivalences de son propre fondement.
Contrairement au droit interne de l’État, vertical et bien établi, ou supposé tel, le droit international, nous renvoie au spectacle d’un droit en train de se faire, entremêlant des représentations hétérogènes et conflictuelles de l’ordre international. Pour sortir de ce malaise, sortir de l’oscillation nauséeuse entre indignation et cynisme qu’il provoque, il faudrait essayer de clarifier nos représentations. Peut-être, paradoxalement, mieux reconnaître les faiblesses du droit international sera-t-il une manière de mieux lui rendre justice et de fortifier la reconnaissance de son importance.
Le droit international, en tant qu’il est un droit inter-étatique, repose sur l’imaginaire d’une cartographie régulière, d’États-nations souverains, clairement délimités territorialement, définis en droit par leur « égalité souveraine », selon l’expression de l’article 2-1 de la C
