Culture

Peut-on mieux protéger la liberté artistique ?

Économiste

La « liberté d’expression artistique » n’est ni un privilège ni un caprice. Mais elle disparaît quand les valeurs démocratiques s’effacent du paysage politique. Les municipales sont précisément le moment pour réclamer un État de droit agissant localement. C’est aussi là que se joue l’avenir de cette liberté fondamentale : dans les choix quotidiens des élus locaux, dans leur capacité à résister aux pressions, à organiser le débat plutôt qu’à le fuir.

Les chiffres sont accablants. Dégradations d’œuvres dans les musées, déprogrammations de concerts sous pression politique, menaces contre les artistes, censures morales : le constat de l’Observatoire de la liberté de création est sans appel[1]. Il est confirmé par le Sénat[2]. La morosité de cet état des lieux de la liberté artistique signe l’aveu d’un échec politique : dix ans après l’adoption de la Loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine (LCAP) qui proclamait fièrement : « La création artistique est libre », les entraves sont devenues « plus nombreuses et plus locales sur l’ensemble du territoire ».

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Face à cette situation, le ministère de la Culture a tenté de colmater les brèches : nomination d’une haute fonctionnaire dédiée, guide juridique pour les artistes, mission confiée à l’Observatoire de la liberté de création. Mais cette réaction demeure timide, prisonnière d’une approche purement technique qui prolonge le leurre d’une loi censée se suffire à elle-même pour protéger la liberté des arts.

L’impasse d’une illusion

L’affirmation solennelle que toute création artistique était libre était symboliquement forte ; elle était surtout magique en faisant croire que toute œuvre d’art était, par essence, vertueuse, vouée à exorciser les obscurantismes. À vouloir protéger la création de toute discussion du monde de l’ordinaire, la loi a enfermé la liberté artistique dans l’entre-soi des professionnel.le.s de l’art gérant œuvres et carrières.

Mais les opposants aux artistes et aux œuvres nient, de plus en plus, cette illusoire légitimité en se présentant eux-mêmes comme les porteurs des véritables valeurs à défendre pour la société. L’aura des œuvres d’art n’est plus aussi consensuelle et la création artistique se voit soumise aux convictions contradictoires qui agitent la société, sans autre défense que la nostalgie de « son » monde à part !

Pourtant, une autre voie existe. Elle exige de sortir de l’enclos pour s’engager da


[1] L’Observatoire de la liberté de création a récapitulé de nombreux cas de censures dans l’ouvrage L’Œuvre face à ses censeurs. Le Guide pratique de l’observatoire de la liberté de création, La Scène, 2020.

[2] Rapport d’information du Sénat, « Loi LCAP, huit ans après : la création artistique confortée, mais toujours tourmentée », n° 117 (2024-2025), 6 novembre 2024.

[3] Je fais référence ici à l’ouvrage de George Steiner Réelles présences (Gallimard, 1991), qui ouvre la voie des arts vers la nécessité de la transcendance face au monde de fonctionnalités qui enserre nos imaginaires.

[4] Voir par exemple : Yannick Lécuyer, « Rappeler les évidences : L’incompatibilité du Rassemblement national avec la convention européenne des droits de l’homme », Revue des droits et libertés fondamentaux, 2025. Voir aussi mon texte : « L’humanité perdue de M. Retailleau ». Sur la question plus générale des relations entre le secteur culturel et l’extrême droite, je conseille la lecture de l’analyse du pôle régional des Hauts-de-France de musiques actuelles : « Culture et extrême droite : un pacte faustien envisageable », septembre 2025.

[5] Notamment dans L’Idée de justice, Flammarion, 2010.

[6] Notamment dans Le Droit de la liberté, Gallimard, 2015.

[7] Je reprends, ici, pour l’exemple, les propos de Florence Joubert, députée RN, à la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale ; voir la table ronde sur la « Situation du spectacle vivant public » sur le site de l’Assemblée nationale.

[8] Voir Une boussole des possibles. Gouvernance mondiale et humanismes juridiques, Éditions du Collège de France, 2020.

Jean-Michel Lucas

Économiste, Président du Laboratoire de transition vers les droits culturels

Notes

[1] L’Observatoire de la liberté de création a récapitulé de nombreux cas de censures dans l’ouvrage L’Œuvre face à ses censeurs. Le Guide pratique de l’observatoire de la liberté de création, La Scène, 2020.

[2] Rapport d’information du Sénat, « Loi LCAP, huit ans après : la création artistique confortée, mais toujours tourmentée », n° 117 (2024-2025), 6 novembre 2024.

[3] Je fais référence ici à l’ouvrage de George Steiner Réelles présences (Gallimard, 1991), qui ouvre la voie des arts vers la nécessité de la transcendance face au monde de fonctionnalités qui enserre nos imaginaires.

[4] Voir par exemple : Yannick Lécuyer, « Rappeler les évidences : L’incompatibilité du Rassemblement national avec la convention européenne des droits de l’homme », Revue des droits et libertés fondamentaux, 2025. Voir aussi mon texte : « L’humanité perdue de M. Retailleau ». Sur la question plus générale des relations entre le secteur culturel et l’extrême droite, je conseille la lecture de l’analyse du pôle régional des Hauts-de-France de musiques actuelles : « Culture et extrême droite : un pacte faustien envisageable », septembre 2025.

[5] Notamment dans L’Idée de justice, Flammarion, 2010.

[6] Notamment dans Le Droit de la liberté, Gallimard, 2015.

[7] Je reprends, ici, pour l’exemple, les propos de Florence Joubert, députée RN, à la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale ; voir la table ronde sur la « Situation du spectacle vivant public » sur le site de l’Assemblée nationale.

[8] Voir Une boussole des possibles. Gouvernance mondiale et humanismes juridiques, Éditions du Collège de France, 2020.