Quel bilan du municipalisme espagnol ?
Les « mairies du changement » ou les « villes rebelles » espagnoles se réfèrent à des expériences de gestion municipale menées entre 2015 et 2023 par diverses coalitions citoyennes. Celles-ci se sont constituées dans la dynamique du mouvement des Indignés – qui a occupé les places publiques à partir du 15 mai 2011 pour revendiquer une « démocratie réelle » et plus de justice sociale face aux nombreux cas de corruption et à la hausse des inégalités avec la crise économique de 2008 –, puis de l’émergence de Podemos en 2014.

Ces coalitions, à géométrie variable selon les villes, sont composées de militants associatifs, de personnes impliquées dans les mouvements sociaux, de différents partis politiques de gauche et de personnalités indépendantes.
De nombreuses villes sont ainsi conquises en 2015 : Madrid et Barcelone, mais aussi Valence, Cadix, Saragosse, Saint-Jacques de Compostelle ou encore La Corogne. Le phénomène est d’ampleur : 20 % de la population espagnole vit alors dans une de ces « villes rebelles ». Seulement trois expériences (Barcelone, Cadix et Valence) perdurent lors de la mandature suivante, de 2019 à 2023. Toutes ces villes sont perdues en 2023.
Le municipalisme espagnol a ainsi représenté pendant quatre à huit ans un laboratoire politique marqué par la volonté de changer non seulement le contenu des politiques publiques – plus sociales, écologistes, féministes –, mais aussi la manière de faire de la politique, qui soit plus transparente, participative et connectée aux revendications des mouvements sociaux.
Les « mairies du changement » s’inscrivent dans une longue tradition du municipalisme en Espagne, ponctuée d’expériences dans les années 1930 au moment de la Seconde République, au retour de la démocratie à la fin des années 1970, ou plus récemment dans les années 1990-2000, notamment en Catalogne. Le renouveau du municipalisme des années 2010, influencé par ces expériences passées, devient à son tour un référent international : les liste
