Cinéma

La volupté de servir – sur Pillion de Harry Lighton

Critique

Nouveau film d’Harry Lighton, Pillion amadoue sur le terrain connu de la comédie britannique familiale et romantique avant que le récit bifurque vers un traitement brutal du spectateur. Car c’est de soumission qu’il s’agit dans cette œuvre singulière qui se réinvente, à mesure que le film avance, en comédie queer et crue, comédie romantique, mélodrame.

C’est à l’allure vrombissante d’une moto sur l’asphalte la nuit que l’on entre dans Pillion. On s’y engouffre de biais, par le regard de Colin, sagement assis sur la banquette arrière de la voiture familiale. Cette équipée sauvage nous mène dans un pub pour motards où Colin performe avec son père et son frère des chants de Noël rétro pour un public de bears.

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BDSM en famille

Le premier long métrage de l’anglais Harry Lighton, très remarqué pour son court métrage Wren Boys, s’ouvre sur le paradoxe de cette co-présence entre un trentenaire infantile et le motard qui l’avait doublé plus tôt sur la route, Ray (Alexander Skarsgård, vu dans Succession), monstrueuse beauté aux allures de vikings qui lui donne rendez-vous pour le lendemain. Pillion commence en terrain connu, comme une comédie de mœurs qui s’amuserait de l’immense écart entre ces deux personnalités que tout oppose. La mère de Colin, étouffante de protection, lui organise des dates car il peine à concrétiser son désir pour les hommes.

On se sent donc dans la comédie britannique familiale et romantique telle qu’on la connaît, avec des caractères marqués et une observation des mœurs qui force le trait pour amuser, traitée sous la forme légèrement irréaliste du conte. On rit d’ailleurs assez franchement dans les premières scènes, sur la crête entre la tendresse d’un amour familial débordant et d’un cringe total. La finesse d’écriture (le film a reçu le prix du scénario lors du dernier Festival de Cannes où il était présenté dans la section Un certain regard) permet d’amadouer le spectateur sur ce terrain apparemment connu et balisé avant de donner un brusque coup de guidon dans le récit et de le soumettre à un traitement plus brutal.

Car c’est bien de soumission qu’il va s’agir. Un avertissement subreptice dans le pub a été donné : des hommes en cuir, tenus en laisse, étaient agenouillés au sol, aux côtés de leur maître. Quand Colin accepte de quitter le Noël familial pour rejoindre Ray, c’est loin de c


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