Rana Dasgupta : « Nous avons sous-estimé le lien entre système industriel et démocratie »
Romancier, essayiste multiprimé pour son livre Delhi Capitale (Buchet-Chastel, 2016) dans lequel l’exploration de la capitale de l’Inde offrait une analyse au scalpel du néolibéralisme, Rana Dasgupta propose ce printemps en anglais un nouveau livre ambitieux.

After Nations est une somme érudite, qui entraîne le lecteur dans le récit à la fois labyrinthique et maîtrisé de l’État-nation et de son histoire, en partant de quatre pays : la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et la Chine. Ce faisant, Dasgupta rappelle combien il s’agit d’une construction récente, fragile, et adossée à des conditions matérielles aujourd’hui disparues. F.Z.
Ce livre impressionne par son ambition. Vous y retracez l’histoire globale de l’État-nation, de ses fondements philosophiques à l’essoufflement du système, dont il est au fondement depuis le siècle dernier. Vous n’êtes ni historien, ni politiste et assumez dès l’introduction votre position d’écrivain. En quoi est-elle singulière ?
L’histoire et la science politique sont indispensables à la compréhension de l’État-nation, mais leur contribution reste, selon moi, détachée d’une certaine réalité : elles l’étudient comme un phénomène gouverné par la rationalité. Or, nous évoluons dans un système de moins en moins rationnel. Ces disciplines offrent une grille de lecture adéquate lorsqu’il existe une correspondance entre leur langage et la réalité. Mais quand cette relation se rompt, elles perdent leur capacité à organiser notre connaissance du réel. Nous avons alors besoin de personnes extérieures à ces champs d’études pour interroger les mythes fondateurs et les postulats du monde dans lequel nous évoluons.
C’est pourquoi les romanciers et les philosophes ont joué un rôle si important dans la naissance conceptuelle de l’État-nation, et la raison pour laquelle ils sont à nouveau si importants aujourd’hui. Je propose avec ce livre de revenir sur de grands récits fondateurs de l’État-nation. Ils ont profondément modelé notre vision
