Ildikó Enyedi : « Je regrette qu’il ne soit plus possible de débattre »
Caméra d’or pour Mon XXe siècle, la cinéaste hongroise Ildikó Enyedi invite avec Silent Friend, primé au dernier Festival de Venise, à reconsidérer notre place dans le monde et à réévaluer notre regard sur ce qui nous entoure. Dans l’université scientifique de Marbourg, un récit tressé à partir de trois époques différentes (1908, 1970 et 2020) fait de l’arbre centenaire au cœur du parc le protagoniste qui observe les errements de scientifiques égarés par leurs affects. Porté par Tony Leung et Léa Seydoux, Silent Friend porte autant d’attention à un géranium qu’à ces stars internationales.

La réalisatrice évoque son intérêt ancien pour la science et le bouddhisme qui ont constitué la colonne vertébrale d’un récit sensuel, qui se clôt par le spectaculaire orgasme d’un arbre centenaire. En explorant les sciences de l’observation du monde, le film scrute les failles de la communication humaine, où la séduction et la poésie subsistent comme les domaines où l’Homme accepte qu’il sait seulement qu’il ne sait pas tout. R.P.
Silent Friend se déroule à trois époques différentes. Pourquoi avoir choisi ces périodes, et comment les avez-vous caractérisées visuellement avec votre chef opérateur ?
Chacune de ces trois époques signale un moment où la perception humaine a changé. Les années 1970 ont été centrées sur l’élargissement des limites de la vie, notamment par l’expérimentation des hallucinogènes. C’est un moment où l’on a essayé d’autres façons de percevoir avec son corps. Les personnages marchent souvent pieds nus. Cela paraît anecdotique, mais si on y réfléchit, cela modifie complètement notre appréhension du monde que de se passer de chaussures.
Ce qui m’a intéressé avec 1908, ce sont les premières fissures dans l’assurance aveugle et optimiste qu’ont eue les encyclopédistes sur le fait que le monde pouvait entièrement se compartimenter dans des cases et des définitions bien hermétiques. En 2020, notre planète a vécu une expérimentation humaine globale. Tout s
