Société

Quand l’aide recule : ONG et associations face au tournant autoritaire

Politiste, Travailleuse humanitaire, Travailleur humanitaire et historien, Politiste

En un an, le secteur associatif français a perdu 12 305 emplois, selon l’Observatoire national de l’économie sociale et solidaire. Face à ce tournant autoritaire global de restriction de l’action des associations, il faut une réponse collective restaurant la solidarité comme principe politique structurant.

Si elle avait été annoncée durant sa campagne, la fermeture d’Usaid par décret par Donal Trump n’en reste pas moins un geste viriliste, spectaculaire et décomplexé. Par sa brutalité, il apparaît comme la face visible d’une lame de fond de remise en cause à la fois de l’aide publique, du multilatéralisme et plus largement de l’ordre international. Une telle attaque frontale concernant la place et le rôle des acteurs associatifs et humanitaires s’inscrit dans la lignée des nombreuses entraves aux libertés associatives constatées en France ces dernières années, sans pour autant que ces deux mouvements, sur la scène internationale et celle nationale, n’aient été, jusqu’à présent, pensés conjointement en dehors de certains espaces et groupes de travail spécialistes du secteur.

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Entre 2025 et 2026, l’effondrement des budgets humanitaires au niveau global, au moment même où les crises et les conflits se multiplient, illustre ce tournant. Cette offensive résonne avec une logique illibérale qui privilégie l’intérêt national, les transactions bilatérales et la suspicion envers tout ce qui relève de l’universel, du droit, des causes à défendre[1]. En France comme ailleurs au sein des démocraties dites libérales, les associations voient leurs financements publics se réduire, subissent des contrôles accrus et des campagnes de disqualification, souvent au nom de la connivence, au moins de la lutte contre le terrorisme, ou de leur supposé « wokisme ». Cette convergence traduit une tendance globale où les États restreignent l’action des organisations critiques, que ce soit par des mesures administratives ou des pressions politiques, visant à limiter leur influence et leur capacité de contestation[2]. Aussi assiste-t-on à une fermeture sélective de l’espace public aux acteurs associatifs : elle ne se limite pas aux régimes autoritaires et s’observe dans des démocraties, où la surveillance, la criminalisation et la disqualification politique des acteurs critiques sont désorm


[1] En ce sens, si cette stratégie contribue à disqualifier l’ensemble du secteur de l’aide – point sur lequel nous rejoignons l’analyse proposée par Stéphanie Tchiombiano, elle procède toutefois néanmoins, selon nous, d’une opposition frontale assumée aux droits humains et à la solidarité internationale. Voir « Les ONG sur le banc des accusés », AOC, 20 février 2026.

[2] Voir Simon Cottin-Marx, Matthieu Hély, Gilles Jeannot et Maud Simonet, « La recomposition des relations entre l’État et les associations : désengagements et réengagements », Revue française d’administration publique, n° 163, 2017.

[3] Observatoire des libertés associatives, Rapport « Neutraliser le monde associatif. Enquête sur une injonction à la dépolitisation », février 2026 ; Rapport « Entraves aux libertés associatives dans les HLM », juin 2024 ; Rapport « Une citoyenneté réprimée », état des lieux des entraves aux associations en France, octobre 2020.

[4] Texte publié dans le recueil La Philosophie de l’existence et autres essais (trad. A. Damour), Payot, 2000.

[5] Pierre Micheletti, « De la dépendance à la refondation : l’aide internationale à l’heure du basculement », The Conversation, 14 avril 2026.

[6] Coordination Sud, Communiqué « La solidarité internationale ne peut pas disparaître dans le silence », 30 janvier 2026.

[7] Romain Lecler, Yohann Morival et Yasmine Bouagga, « Pour une ethnographie des professionnels de l’international », Critique internationale, 81, 2018 ; Pascal Dauvin et Johanna Siméant-Germanos, Le travail humanitaire. Les acteurs des ONG, du siège au terrain, Presses de Sciences Po, 2002 ; Matthieu Hély, Les Métamorphoses du monde associatif, Presses Universitaires de France, 2009 ; Simonet Maud, Le Travail bénévole, La Dispute, 2010.

Lucas Faure

Politiste, chercheur post-doctorant à l’Université libre de Bruxelles

Véronique de Geoffroy

Travailleuse humanitaire, directrice générale du Groupe URD

Michaël Neuman

Travailleur humanitaire et historien, Directeur d'études au Centre de Réflexion sur l’Action et les Savoirs Humanitaires (MSF)

Raphaëlle Parizet

Politiste, maîtresse de conférences à l’Université Paris-Est Créteil

Notes

[1] En ce sens, si cette stratégie contribue à disqualifier l’ensemble du secteur de l’aide – point sur lequel nous rejoignons l’analyse proposée par Stéphanie Tchiombiano, elle procède toutefois néanmoins, selon nous, d’une opposition frontale assumée aux droits humains et à la solidarité internationale. Voir « Les ONG sur le banc des accusés », AOC, 20 février 2026.

[2] Voir Simon Cottin-Marx, Matthieu Hély, Gilles Jeannot et Maud Simonet, « La recomposition des relations entre l’État et les associations : désengagements et réengagements », Revue française d’administration publique, n° 163, 2017.

[3] Observatoire des libertés associatives, Rapport « Neutraliser le monde associatif. Enquête sur une injonction à la dépolitisation », février 2026 ; Rapport « Entraves aux libertés associatives dans les HLM », juin 2024 ; Rapport « Une citoyenneté réprimée », état des lieux des entraves aux associations en France, octobre 2020.

[4] Texte publié dans le recueil La Philosophie de l’existence et autres essais (trad. A. Damour), Payot, 2000.

[5] Pierre Micheletti, « De la dépendance à la refondation : l’aide internationale à l’heure du basculement », The Conversation, 14 avril 2026.

[6] Coordination Sud, Communiqué « La solidarité internationale ne peut pas disparaître dans le silence », 30 janvier 2026.

[7] Romain Lecler, Yohann Morival et Yasmine Bouagga, « Pour une ethnographie des professionnels de l’international », Critique internationale, 81, 2018 ; Pascal Dauvin et Johanna Siméant-Germanos, Le travail humanitaire. Les acteurs des ONG, du siège au terrain, Presses de Sciences Po, 2002 ; Matthieu Hély, Les Métamorphoses du monde associatif, Presses Universitaires de France, 2009 ; Simonet Maud, Le Travail bénévole, La Dispute, 2010.