Poésie

Week-end au Havre

Écrivain

Si vous avez vu au cinéma Projet dernière chance, si vous avez envie de voir Édouard Philippe faire du jogging, ou plus simplement si vous voulez, comme Pierre Vinclair, accorder de l’attention à l’harmonie du monde, voici un poème. Comme dans le précédent qu’il avait confié à AOC, « La révolution en Amérique », on retrouve l’usage de la poésie pour dire la ville.

Quoique une ville, ignorant l’unité
d’ensemble, échappe à la catégorie
d’œuvre d’art (n’ayant ni finalité
ni fin) et s’offre en regimbant au « cri
stazain » prétexte à traits simples d’esprit
(les « cristazains », comme leur nom l’indique,
sont mes dizains s’ils formulent critiques
de livres, films, concerts sur Instagram
pour transformer l’expérience esthétique
passive, en l’advenue d’un nouveau drame

du sens), pendant ma coureuse balade
au Havre, tout s’équilibre en un rond
de fumée harmonieux : les jérémiades
des « clabaudeurs » (Rimbaud) sur le ronron
de l’océan plissant des yeux vairons
étirés par l’embouchure du fleuve,
le raclement de mes chaussures neuves
sur le bitume amorti par la pluie,
les kitesurfers s’envolant à l’épreuve
d’un coup de vent (déchaîné aujourd’hui),

les vieux manoirs où les bourgeois spéculent
ayant bravé tous les bombardements
et le béton dont le blanc immacule
le front de mer de clairs appartements,
également ma toux grasse ou ce grand
promeneur chauve (qui ressemble au maire —
trois fois que je m’en fais le commentaire ! —
(le lendemain, musardant sur la plage,
j’approcherai de lui ; il dira, l’air
courtois, « Bonjour ! », alors moi, sans ambages

et comme dans un rêve : « En ce moment,
Je crois vous voir partout… Cette fois-ci,
c’est vraiment vous ! » lui dis-je, « C’est vraiment
moi ! » ; m’éloignant au soleil étourdi,
je me demanderai : Qu’aurais-je dit,
si s’était engagée la discussion ?
Que je trouvais sale la suppression
de l’ISF, la coupe à la faucheuse
dans le budget Culture des régions
dirigées par ses affidés honteuse

comme espérer être face au RN,
chaque deuxième tour ? La politique
est aussi l’affaire d’énergumènes
en bord de mer, dont l’un se voit l’unique
roi-président de notre République…
(j’ai eu raison, je crois bien, de ne pas
m’aventurer : quel « poète sympa »
(dixit Prigent) ne finirait en slip
face à un professionnel du débat
de mauvaise foi, comme Edouard Philippe

qui, dépourvu de tout savoir métrique,
serait encor


Pierre Vinclair

Écrivain, Critique, théoricien et traducteur

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