Juste une illusion… juste un petit oubli
Sorti en salle le 15 avril dernier, Juste une illusion, le nouveau film du tandem Toledano et Nakache a rencontré un vrai succès public et critique. « Comédie émouvante et nostalgique » (Le Figaro), « bulle vintage, pleine de drôlerie et de tendresse » (Le Nouvel Obs) « émouvant périple dans notre mémoire collective » (La Croix). La presse s’est montrée quasi unanime pour saluer un film qui est un peu plus qu’un « feel good movie ».

On a pu reprocher aux deux cinéastes quelques lourdeurs dans leur désir sincère de reconstituer ces années 1980 qui furent aussi les années de leur jeunesse. De la « valise RTL » aux cassettes VHS en passant par quelques grands tubes et bandes-son de l’époque, le film assume de toucher la fibre nostalgique de son public. Et il déploie un scénario efficace qui s’organise autour d’une chronique familiale tendre et mélancolique dans la France qui découvre l’informatique et le chômage de masse.
Juste une illusion appartient au genre de ces comédies qui, à travers le portrait d’une époque révolue, parlent aussi et surtout de notre présent. C’est l’une de ses réussites : le film parvient à montrer la distance saisissante qui nous sépare aujourd’hui de ces années 1980, de cette époque où chacun et chacune s’efforçait de vivre ensemble dans le même immeuble, le même quartier, la même ville, en dépit de sa religion et de la couleur de sa peau. Une époque où les mots « communautarisme » et « séparatisme » n’ont pas encore envahi le discours public. Une époque où Jean-Marie Le Pen est le seul à s’en prendre ouvertement aux immigrés et à défendre l’« identité chrétienne » de la France. Une époque où son parti, le Front national, n’a aucun député à l’Assemblée nationale.
Une autre époque.
Les réalisateurs ont fait le choix de filmer une sorte d’utopie rétrospective et d’assumer la part d’illusion qui va avec. Une utopie qui fait l’effet d’un antidépresseur dans le temps qui est le nôtre où la parole raciste se libère de plus en plus chaque
