Littérature

L’homme qui en savait trop…sur la poésie – sur Élagage d’Yves di Manno

Écrivain

Élagage marque le point final de la collection dont Yves di Manno fut l’éditeur, pendant plus de trente ans, réservant une place importante aux poétesses et au mouvement incessant de la langue poétique. Ni testament ni règlement de compte, ce volume analyse le poïen, la forge de la langue, tout en dégageant les reliefs, les dénivelés, les failles et les horizons d’œuvres essentielles mais méconnues.

S’il y a une quatrième de couverture à lire avec attention en ce moment sur les tables des librairies, c’est bien celle du livre d’Yves di Manno, Élagage (Poésie / Flammarion, 2026). Il suffit d’y jeter un coup d’œil pour tomber sur ça : « Avec ce volume prend fin l’aventure de la collection Poésie / Flammarion, qu’Yves di Manno a dirigée de 1994 à aujourd’hui ». Et pour celles et ceux qui souhaitent en savoir plus sur la disparition de cette collection où ont été publiés plus de 200 poétesses et poètes (Esther Tellermann, Hélène Sanguinetti, Henry Deluy, Anne-Marie Albiach, Philippe Beck, Cédric Demangeot, Patrick Beurard-Valdoye… pour ne citer qu’elles et eux), il suffit de parcourir le texte bref qui clôt le livre intitulé Dernier rappel.

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Il remercie « les dirigeants successifs de Flammarion » et aussi les équipes techniques de la maison d’édition et il garde sa dernière pensée pour les « lecteurs & lectrices à venir » dont il souhaite qu’ils entretiennent et prolongent son métier d’éditeur qui fût « comme un long rêve éveillé dont témoignent les livres qui lui ont donné corps » (p. 327). Et s’ensuit la liste intégrale de tous les livres édités par di Manno accompagnés par ordre chronologique des prénoms et noms des auteurs et autrices et de leurs titres.

Voilà, cette annonce qui relève plus du message ou d’un signal envoyé est inhabituelle pour une quatrième de couverture dont le but n’est pas de communiquer, mais de captiver afin de donner envie d’acheter le livre. Mais ce n’est qu’une anecdote dans Élagage dont Yves di Manno a le rôle ou disons la fonction de l’élagueur. Non pas une anecdote au sens d’un détail sans portée, sans effet (la fin d’une collection de poésie n’est jamais bon signe quant à la place de la littérature dans une époque) mais au sens d’un fait qui n’a rien de surprenant aux vues des chamboulements dans l’édition en France comme on l’a vu avec Fayard et plus récemment avec Grasset. Même si on peut aussi se réjouir de l’apparition


Christophe Fiat

Écrivain, Poète

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