Société

Le problème de la prison est-il soluble dans la « surpopulation carcérale » ?

Sociologue et criminologue

La récente mobilisation des personnels pénitentiaires et l’annonce d’un nouveau record de 88 145 personnes détenues au 1er avril 2026 ont momentanément placé la question de la « surpopulation carcérale » dans l’actualité médiatique. Cette focalisation sur la surpopulation ou, plus généralement, sur les conditions de détention tend à enfermer la question de la prison dans une perspective étroite – c’est même, au fond, une manière de refuser de poser la question de la prison elle-même.

Le lundi 27 avril, le principal syndicat des surveillants pénitentiaires, l’UFAP-UNSa-Justice, appelait au blocage des prisons[1]. Il réclamait notamment un « plan immédiat de résorption des emplois vacants pour combler les 5 000 postes manquants » et « des mesures d’urgence face à la surpopulation carcérale ». D’après le syndicat, près d’une centaine de prisons sur les quelque 200 que compte la France ont été touchées par des blocages.

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Les médias ont largement relayé la mobilisation des surveillants pénitentiaires, à travers notamment des reportages réalisés devant des prisons, donnant principalement la parole aux personnels mobilisés. Cette mobilisation a surtout été abordée sous l’angle de la « surpopulation carcérale », comme en témoignent de nombreux titres de presse : « Les surveillants pénitentiaires mobilisés contre la surpopulation carcérale » (Radio France), « Surpopulation carcérale : un appel à bloquer les prisons ce lundi pour obtenir des mesures d’urgence » (Libération) ou encore « Surpopulation carcérale : à l’appel d’un syndicat, l’entrée de la maison d’arrêt bloquée à Nantes » (Ouest-France).

Sur le plan politique, la mobilisation des surveillants pénitentiaires n’a produit aucun effet concret. Lors des questions au gouvernement, le mercredi suivant la mobilisation, le ministre de la Justice Gérald Darmanin s’est contenté de rappeler des engagements déjà annoncés : la livraison prochaine de « prisons modulaires », dont il a souligné que la construction est « trois fois plus rapide et deux fois moins chère », ainsi que le recrutement de 1 000 agents pénitentiaires supplémentaires grâce à l’augmentation du budget de la Justice. Il a également évoqué la nécessité de lutter contre l’absentéisme des surveillants, avant de conclure en promettant de recevoir prochainement les syndicats et de leur présenter de « nouvelles mesures ».

Pour quiconque s’intéresse à la prison et aux politiques pénales, cette séquence médiatique et politique apparaît d’


[1] Je remercie chaleureusement Shain Morisse et Serge (OIP Belgique) pour leurs commentaires qui ont contribué à enrichir cet article.

[2] Voir Gwenola Ricordeau, 1312 raisons d’abolir la police, Montréal, Lux, coll. L’instinct de liberté, 2023, p. 49.

[3] Voir notamment : Au bout de nos peines, Bruxelles, De Boeck & Larcier, 2005 [1981].

[4] Sur les différentes stratégies et approches au sein de l’abolitionnisme pénal, voir Joël Charbit, Shaïn Morisse, Gwenola Ricordeau, Brique par brique. Une histoire de l’abolitionnisme pénal, Montréal, éd. Lux, coll. L’instinct de liberté.

[5] Ce néologisme est formé à partir du terme de « sécuritisation », un concept utilisé pour décrire la manière dont certains sujets sont construits comme des enjeux de sécurité.

Gwenola Ricordeau

Sociologue et criminologue, professeure invitée à l’EHESS

Notes

[1] Je remercie chaleureusement Shain Morisse et Serge (OIP Belgique) pour leurs commentaires qui ont contribué à enrichir cet article.

[2] Voir Gwenola Ricordeau, 1312 raisons d’abolir la police, Montréal, Lux, coll. L’instinct de liberté, 2023, p. 49.

[3] Voir notamment : Au bout de nos peines, Bruxelles, De Boeck & Larcier, 2005 [1981].

[4] Sur les différentes stratégies et approches au sein de l’abolitionnisme pénal, voir Joël Charbit, Shaïn Morisse, Gwenola Ricordeau, Brique par brique. Une histoire de l’abolitionnisme pénal, Montréal, éd. Lux, coll. L’instinct de liberté.

[5] Ce néologisme est formé à partir du terme de « sécuritisation », un concept utilisé pour décrire la manière dont certains sujets sont construits comme des enjeux de sécurité.