Politique

Guérir la démocratie, est-ce une bonne idée ?

Philosophe

Quand Laurent Berger, Laurence Tubiana et leurs cosignataires appellent à « guérir la démocratie », ils commettent une double erreur pragmatique : ils valident le diagnostic adverse selon lequel la démocratie est malade, et ils proposent pour remède ce qui est précisément en cause – davantage de démocratie. Contre les empires qui articulent déclamations idéologiques et ressources très concrètes, ce discours généreux manque d’une comptabilité des moyens effectifs dont nous disposons.

Le 6 février dernier, cinq personnalités françaises, Laurent Berger, Jean-François Delfraissy, Philippe Étienne, Claire Thoury et Laurence Tubiana, ont cosigné dans la revue Le Grand Continent une tribune intitulée « Des sociétés contre les empires : comment guérir la démocratie ? » Le texte condense apparemment le sens des échanges que les auteurs ont avec des élèves de l’École normale supérieure dans le cadre d’un « Programme d’études démocratiques ».

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J’ai beaucoup de respect pour ces cinq figures de la société civile, et pour les responsabilités qu’elles ont exercées ou exercent encore dans divers secteurs de la vie sociale. C’est ce respect qui m’amène pourtant à réagir à leur publication, comme si la lecture m’avait placé dans un état de dissonance cognitive. Car si de telles personnalités, brillantes, engagées, expérimentées, disposant d’une aura nationale, voire internationale, incontestable, ne parviennent pas à dire autre chose pour « guérir la démocratie » et pour la défendre contre les empires, alors, franchement, les adversaires désignés (lesdits empires) ont malheureusement déjà partie gagnée.

Cela ne signifie pas que je suis en désaccord avec ce qui est dit dans ce texte. Je partage pleinement le discours en faveur de la société civile, des corps intermédiaires, des conventions citoyennes, des alliances démocratiques à travers le monde, et de la transition écologique (évidemment !). Et je ne dirais même pas, à partir d’une position qui prétendrait être plus radicale, que ces orientations sociales et politiques ont pour seul défaut d’être insuffisantes. Il y a une dimension programmatique dans ce texte, qui pourrait éventuellement servir les projets d’une ou de plusieurs de ces personnalités : n’oublions pas que le nom de Laurence Tubiana a été avancé pour le poste de Première ministre, après la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, et que Laurent Berger a lui aussi été sollicité pour cette responsabilité, tout en bénéficiant par aille


Philippe Éon

Philosophe

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Politique Société

Mots-clés

Démocratie