Sexualités, les raisons d’en parler
Interrogé en 1983 sur la suite qu’il entend donner à la publication du premier volume de sa fameuse Histoire de la sexualité, Michel Foucault répond à son interlocuteur : « Je dois avouer que je m’intéresse beaucoup plus aux problèmes posés par les techniques de soi, ou par les choses de cet ordre, qu’à la sexualité… La sexualité, c’est assez monotone[1] ! ».

On se souvient aussi de la phrase répétée à l’envi par Jacques Lacan : « Il n’y a pas de rapport sexuel ». Par cette formule, il nie, pour faire simple, la dimension relationnelle comprise dans les actes sexuels entre deux personnes. Implicitement, cette affirmation rejette l’étude des sexualités aux marges des sciences sociales, celles-ci s’intéressant majoritairement aux relations qui lient, délient et tendent l’humanité ou une de ses parties en différents moments et endroits du monde.
Pourtant, non seulement l’histoire, la sociologie et l’anthropologie des sexualités existent mais à partir du VIH tout particulièrement, dont l’émergence en France coïncide avec l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, elles ont le vent en poupe. Il est vrai que le plus souvent, ce n’est pas tant sur les actes sexuels que ces disciplines mettent le focus, que sur ce qu’ils aident à penser au-delà d’eux-mêmes. Foucault comme Lacan n’avaient donc pas tout à fait tort : à l’exception relative des enquêtes souvent statistiques conduites pour appréhender l’usage des nouvelles contraceptions ou juguler les risques de transmission sexuelle du Sida, c’est rarement la sexualité au plus près des pratiques qui retient l’attention dans les recherches qualitatives. Mais ces recherches ont besoin d’alibis pour se développer et gagner en légitimité, en même temps qu’elles témoignent d’un rapport qui est toujours aussi politique et instrumentaliste au sujet, dans des glissements qui disent l’état et les mouvements de nos sociétés.
Cet article veut saisir plusieurs des excuses pour publiciser la sexualité qui ont existé depuis la
