Festival de Cannes : le goût de la fiction pour le réel
La vidéo a tourné en boucle sur les réseaux sociaux : à la conférence de presse du troisième long métrage de László Nemes, un journaliste de Paroles d’honneur a demandé Gilles Lellouche s’il pensait que « pour ne pas trahir la mémoire de Jean Moulin », alors que « le Rassemblement national, parti fondé par certains des collaborateurs de Klaus Barbie, traîtres à leur nation ont une chance d’accéder au pouvoir », il fallait s’opposer à tout prix à l’extrême droite et s’il estimait que le programme de La France insoumise en constituait le meilleur rempart. Question orientée, certes, mais dont l’absence de réponse a eu de quoi dérouter.

Le temps des cons
Gilles Lellouche s’était déjà laissé piéger en 2020 par une question sur le RN lors de la conférence de presse de Bac Nord, film d’action de Cédric Jimenez au très fort impensé politique réactionnaire et populiste. Il récidive en refusant de voir du politique dans l’action du résistant. Un comble. On connaît la citation : « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds et ça continue à cause des cons. » On semble déjà en être à la continuation, donc. C’est qu’outre le nombre de films s’attachant à repenser le moment du nazisme (Notre salut d’Emmanuel Marre et Fatherland de Pawel Pawlikowski), le climat du festival est celui de la peur d’une censure rampante, suite à la tribune « Zapper Bolloré » publiée dans Libération le 11 mai, signée par quelques centaines de professionnels du cinéma et appelant à la méfiance face au désir de concentration du milliardaire qui détient déjà Canal+ et envisage d’acquérir dans les mois à venir la totalité du groupe UGC. Conquérir le plus gros réseau de salles et de distribution donnerait à Bolloré un contrôle de la filière de bout en bout, de la fabrication des films à leur diffusion.
La tribune dénonce dès lors le risque d’une « prise de contrôle fasciste des imaginaires ». Face à ces inquiétudes et protestations, Maxime Saada, le directeur général du
