Nouvelle

Au plaisir des pingouins

Écrivain

Deux compères repris de justice servent de cobayes à la bonne conscience de quelques amis pas très sûrs de savoir si la prison sert à quelque chose. Road movie ensoleillé sur les routes de France et du développement personnel, quelque part entre les « valseuses » (soft) et les « bronzés ». En avant-goût de l’été.

Ils s’étaient rencontrés pendant leur régime de semi-liberté, et ils avaient sympathisé. On pouvait dire qu’ils étaient devenus amis. D’avoir obtenu leur conditionnelle quasiment le même mois, à une semaine d’intervalle, avec le même employeur, un atelier de blanchisserie qui avait l’habitude de prendre des détenus en réinsertion – il y avait des exonérations de charge –, et donc de dépendre aussi de la même conseillère de probation, avait renforcé leur lien.

Marco était l’ainé, le doyen, pouvait-on dire. Il allait sur ses soixante-quatre ans, dont dix-sept d’incarcération, ce qui, comme il aimait à le préciser, n’était pas « trois petits mois ». Jean-Paul Rachid, ou Rachid Jean-Paul (selon le contexte) était nettement plus jeune, quarante-huit, et beaucoup moins de prison, juste neuf ans. Ce qui induit qu’à eux deux, ils totalisaient plus d’un quart de siècle d’incarcération, dans des prisons et des pays variés, pour des raisons diverses, allant de l’escroquerie au trafic international de stupéfiant, du recel, des vols, de la fausse monnaie. Avec une ribambelle d’autres délits dans les mêmes zones de la crapulerie, mais avec quand même un point positif – si par hasard il se présentait devant saint Pierre – c’est-à-dire sans vraiment de violence, juste des atteintes aux biens (pour Jean-Paul Farid), et beaucoup de stups (pour Marco), et là de toute sorte, cannabis, coc et héro, quand c’était encore la mode, et aussi un peu d’ecsta, mais surtout de la coc. Marco était bien placé sur ce produit. Il avait d’ailleurs purgé sa dernière condamnation en Amérique du Sud, avant d’être extradé en France, pour finir sa peine. Un coup de chance, France Télévision avait fait un reportage sur lui, Portrait d’un narco français incarcéré au Pérou, la journaliste s’était entichée de lui (doté de sa gouaille, Marco avait réussi à l’embobiner), avait parlé au conseiller d’ambassade, et comme il s’était bien tenu, et que la prison à Lima était surchargée, il avait pu être renvoyé en Fr


Vincent Ravalec

Écrivain, Scénariste

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