Les filles veulent juste s’amuser
Suite aux « révélations » de #metoo et du procès de Mazan, rien de moins évident que de parler des libertés sexuelles. Les perspectives du féminisme radical ont un pouvoir de persuasion inédit face à l’écrasante quantité des violences relatées et de leur cruauté abjecte. Le pessimisme sexuel déjà bien marqué dans le discours actuel et porté par exemple par Lauren Berlant aux États-Unis ou par Ovidie[1] en France semble s’être installé, pourquoi alors parler de libération sexuelle aujourd’hui ? La libération sexuelle de qui et au profit de qui ?

Même le terme de « liberté », pourtant partie intégrante de la devise nationale française, a pris un goût fade-amer depuis que l’extrême droite l’abîme dans ses discours mortifères sur la liberté de ne pas porter un masque pendant une pandémie, la liberté de rouler sans limite de vitesse sur les autoroutes, les libertariens technofascistes, etc. Et même ce que « sexualité » veut dire n’a jamais été aussi flou. Dans Libérations sexuelles, j’ai essayé d’aborder les différentes facettes et domaines qui sont regroupés sous le terme « sexualité » dans leur diversité, dans leurs contradictions et dans leur consubstantialité, pour emprunter ce terme à Danièle Kergoat[2], c’est-à-dire les manières dont ces facettes de la sexualité sont toujours déjà construites et façonnées par un ensemble de structures sociales.
En effet, si on voit dans la sexualité, comme le font certains courants du féminisme radical, un outil d’oppression et d’exploitation, il est conséquent de vouloir abolir la sexualité pour libérer les femmes. Si on associe plutôt la sexualité à la reproduction, on s’intéressera davantage aux politiques gérant l’accès à la santé sexuelle et aux modes de contraception ou d’interruption d’une grossesse non désirée, mais aussi à l’accès à la parenté des couples ou personnes vivant aux marges ou en dehors de la norme hétérosexuelle. Si on entend par sexualité une pratique de plaisir, on s’intéressera aux subcultures sex
