Nouvelle

Thulite

Écrivaine

Chaque année, les dimanches du mois de juin sont consacrés à des textes écrits par des étudiant.e.s de masters de création littéraire. Nous ouvrons la série avec une étudiante de La Cambre (Bruxelles), d’abord formée à l’écriture de scénario. On entre in medias res dans la vie de deux jeunes personnes un peu paumées, on en sort en les voyant profiter de leur liberté. Tout le monde ne sait pas écrire une nouvelle. Ce n’est pas le cas ici.

On dormait tous les deux dans une ancienne grange aménagée. Les propriétaires étaient riches et se foutaient pas mal du loyer, on les aidait pour des tâches basiques telles que tondre leur pelouse ou donner à manger aux chats. À bien des moments on s’est dit que c’était le paradis. Ou pour le dire de façon moins céleste, c’était un vachement bon plan.

On n’était pas vraiment amoureux mais pas tellement amis non plus. C’était un entre-deux qui posait autant de questions que de réponses qu’on ne cherchait pas à donner. Un flou confortable dans lequel on aimait avoir la vision endommagée.

On faisait tous les deux énormément de cauchemars. On ne parlait pas de notre vie avant la grange mais la nuit nous poussait au-devant d’une lumière aveuglante. Au départ on ne se le disait pas, on enchaînait les insomnies chacun de notre côté et on rigolait la journée comme si c’était ça la vie et qu’elle n’attendait rien de nous. Mais on criait tous les deux dans nos rêves et le cri ne permettant plus le mensonge, on était d’un coup foutus à poil et on ne pouvait plus faire semblant que tout allait bien toujours.

Il nous arrivait de coucher ensemble. C’était pas tellement passionnel mais pas si mal non plus. On était deux timides qui avaient trouvé refuge dans cette grange chauffée au bois. Les hivers étaient rudes alors les corps s’assouplissaient un peu. C’était plus une question de survie qu’une question d’amour. S’il y avait de l’amour, il était tout au moins utile.

La première fois que je l’ai entendu crier, c’était au mois de février. Ses nuits étaient longues parce qu’il était au chômage et que l’hiver ne demandait pas de travail dans le jardin. Moi je travaillais dans une boutique ésotérique, on vendait des oracles et des pierres précieuses. Quand j’étais de bonne humeur je volais des petites pierres et je les lui offrais en rentrant à la grange. Parfois il râlait quand je ramenais deux fois la même sans faire exprès.

Moi j’ai jamais trop cru aux dieux ou aux astres mais qua


Julie Vanhoenacker

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