Société

Low-tech contre high-tech : un faux combat

Sociologue

Des revues médicales aux écoles d’ingénieurs, des projets d’architecture berlinois aux plans de métropoles françaises : les low-techs mobilisent aujourd’hui une constellation d’acteurs qui n’ont rien de décroissants militants. Contre la caricature d’un affrontement entre modernité et régression, un état des lieux de ce que ces technologies sobres permettent – et de ce qu’elles n’entendent pas remplacer.

Les low-techs, ou « basses technologies », ne font pas l’unanimité. Tandis que les uns voient dans les fours solaires, vélos, toilettes sèches ou autres low-techs une voie pour aller vers la transition, d’autres les considèrent comme une démarche rétrograde. Si des collectifs, comme le Low-tech Lab ou l’Atelier Paysan, prônent et disséminent leurs usages, on entend aussi des voix clamant que leur dissémination pose problème. Une de ces voix est celle de Luc Ferry (essayiste, philosophe et homme politique) qui a sévèrement critiqué les low-techs dans une chronique intitulée « Non à l’écologie “low-tech” » publiée dans Le Figaro[1]. Débutons notre enquête par cet article.

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Luc Ferry considère l’utilisation de low-tech dans trois domaines : en médecine, écrit-il, « remplacer les technologies high-tech » par du low-tech aurait un impact « mortel », en agriculture les « bienfaits incomparables de la révolution verte » seraient « anéantis », quant aux transports, ironise-il, la proposition de refabriquer des 2CV n’est autre chose qu’une régression, « pourquoi pas plutôt, tant qu’on y est, un seul cheval, si possible à quatre pattes » ?

Ne limitant pas sa critique à ces trois domaines d’application, l’auteur condamne aussi les low-techs au regard de leur rapport supposé à l’innovation et aux savoirs : il estime que les écologistes favorables à la décroissance veulent se « débarrasser » de la recherche scientifique et de l’innovation technique, et que les risques sur le plan « intellectuel » seraient ceux d’un recul de l’humanité vers l’animisme, la superstition, et l’obscurantisme.

Pour le dire autrement, l’auteur rejette les low-techs au motif qu’elles auraient des conséquences néfastes à des niveaux physiques, biologiques et épistémiques, et que le risque serait donc à la fois infrastructurel et intellectuel. L’argumentaire est construit par contrastes forts : certains voudraient « remplacer » les high-techs ; certains écologistes sont contre la science et l’inn


[1] Critique reprise dans le livre Les Sept Écologies du même auteur (2021).

[2] Recherche faite sur la base de données Scopus, avec « low-tech » soit dans le titre soit parmi les mots-clés.

[3] S. G. Kramer, « A plea for low tech », American journal of ophthalmology, vol. 111, n° 4, 1991 ; Jacqueline Baras Shreibati, « When low tech wins », New England Journal of Medicine, vol. 385, n° 7, 2021.

[4] Emily Ying Yang Chan et al., « Safeguarding against dengue fever risks in a more connected world », The Lancet, vol. 407, n° 10534, 2026.

[5] Merryn Haines-Gadd et al., « Cut the crap; design brief to pre-production in eight weeks : Rapid development of an urban emergency low-tech toilet for Oxfam », Design Studies, vol. 40, 2015.

[6] Marcin Mateusz Kolakowski, « Low-Tech–Freedom, Creativity & Love. Translating Erich Fromm’s Psychoanalysis into Analyses of Architecture. », UOU Scientific Journal, n° 1, 2021 ; Stéphane Berthier, « Les architectures technocritiques », Dossier. D’architectures, vol. 261, 2018.

[7] Benjamin Cimerman, « Développer l’ingénierie du low-tech dans les bâtiments pour une résilience énergétique et climatique », in Architectures low-tech. Sobriété et résilience (dir. Solène Marry), Parenthèses /Ademe, 2023 ; N. Vesting, Low-tech architecture. The (re)discovery of sustainable buildings, Ndion, 2022.

[8] Leif Hansen et S. Kim, « “COCOON”, a bamboo building with integration of digital design and low-tech construction », International conference on structures and architecture, 2016.

[9] L’Université Technique de Berlin, l’Université de Stuttgart et l’Université Technique de Braunschweig.

[10] Autour d’une vingtaine d’écoles d’ingénieurs proposent actuellement des formations sur le sujet, voir Morgan Meyer et Jules Calage, « Former aux low-tech en école d’ingénieur. Mettre la main à la pâte pour prendre au sérieux l’écologie », i3 Working Papers Series, 2025.

[11] Ademe Provence-Alpes-Côte d’Azur, Étude sur l’opportunité du déploiement d’un écosystème in

Morgan Meyer

Sociologue, Directeur de recherche au CNRS

Notes

[1] Critique reprise dans le livre Les Sept Écologies du même auteur (2021).

[2] Recherche faite sur la base de données Scopus, avec « low-tech » soit dans le titre soit parmi les mots-clés.

[3] S. G. Kramer, « A plea for low tech », American journal of ophthalmology, vol. 111, n° 4, 1991 ; Jacqueline Baras Shreibati, « When low tech wins », New England Journal of Medicine, vol. 385, n° 7, 2021.

[4] Emily Ying Yang Chan et al., « Safeguarding against dengue fever risks in a more connected world », The Lancet, vol. 407, n° 10534, 2026.

[5] Merryn Haines-Gadd et al., « Cut the crap; design brief to pre-production in eight weeks : Rapid development of an urban emergency low-tech toilet for Oxfam », Design Studies, vol. 40, 2015.

[6] Marcin Mateusz Kolakowski, « Low-Tech–Freedom, Creativity & Love. Translating Erich Fromm’s Psychoanalysis into Analyses of Architecture. », UOU Scientific Journal, n° 1, 2021 ; Stéphane Berthier, « Les architectures technocritiques », Dossier. D’architectures, vol. 261, 2018.

[7] Benjamin Cimerman, « Développer l’ingénierie du low-tech dans les bâtiments pour une résilience énergétique et climatique », in Architectures low-tech. Sobriété et résilience (dir. Solène Marry), Parenthèses /Ademe, 2023 ; N. Vesting, Low-tech architecture. The (re)discovery of sustainable buildings, Ndion, 2022.

[8] Leif Hansen et S. Kim, « “COCOON”, a bamboo building with integration of digital design and low-tech construction », International conference on structures and architecture, 2016.

[9] L’Université Technique de Berlin, l’Université de Stuttgart et l’Université Technique de Braunschweig.

[10] Autour d’une vingtaine d’écoles d’ingénieurs proposent actuellement des formations sur le sujet, voir Morgan Meyer et Jules Calage, « Former aux low-tech en école d’ingénieur. Mettre la main à la pâte pour prendre au sérieux l’écologie », i3 Working Papers Series, 2025.

[11] Ademe Provence-Alpes-Côte d’Azur, Étude sur l’opportunité du déploiement d’un écosystème in