Société

Travailleuses du sexe trans migrantes à Paris

Sociologue , Militante, Militante et femme politique, Historienne

La mobilisation des travailleuses du sexe trans migrantes raconte autant l’histoire de femmes que celle du système sanitaire. D’initiatives de recherche-action à la création d’associations, et dans un contexte de criminalisation de leurs parcours, leurs savoirs expérientiels – médiation, accompagnement par les pairs – sont progressivement intégrés comme des ressources de santé publique.

Au siècle dernier, la France devient progressivement un point d’arrivée privilégié pour des femmes trans et des personnes travesties venues de l’étranger, en particulier de pays d’Amérique latine et d’Afrique du Nord. Attirées par les possibilités qu’offraient les grandes villes, elles se dirigent surtout vers les centres urbains les plus dynamiques, où elles espèrent trouver des conditions de vie plus favorables que dans leur pays d’origine.

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Cette mobilité s’inscrit, entre autres, dans l’attrait international exercé par les cabarets travestis parisiens de l’après-guerre. Ces scènes, mondialement renommées, qui ont façonné des icônes telles que Coccinelle, offrent à certaines la possibilité de travailler en s’insérant dans la vie nocturne parisienne, ainsi que d’accéder aux savoirs circulant dans les communautés trans citadines – notamment sur les techniques de féminisation du corps (les adresses de pharmacies délivrant des œstrogènes, de salons pratiquant l’électrolyse, et de chirurgiens réalisant des vaginoplasties, entre autres[1]).

Le récit mobilisateur du « rêve parisien » commence à circuler, entretenu par celles qui, retournant temporairement dans leur pays d’origine, racontent les fastes et les lumières de leur vie en France. Elles décrivent les opportunités et la liberté, les possibilités de transformation et d’émancipation qu’elles y ont trouvées, parfois de manière embellie, en dissimulant les difficultés réelles. Ces récits, transmis de bouche à oreille, jouent un rôle déterminant dans la décision d’autres femmes trans de partir à leur tour. Les amies ou les connaissances déjà installées sur place facilitent alors l’arrivée des nouvelles, en les renseignant sur les hôtels, les restaurants et les magasins où la présence de femmes trans et personnes travesties est tolérée. Pour beaucoup, Paris représente alors une chance réelle de vivre ouvertement en tant que femme.

Cependant, une fois arrivées sur place, la liberté espérée prend plutôt la forme


[1] PASTT, Camille Cabral et al., recherche-action auprès de transsexuels et travestis prostitués à Paris, avril à septembre 1993 ; Maxime Foerster, Elle ou lui ? Histoire des transsexuels en France, La Musardine, 2007 ; Atelier « ¡ Presente ! Vivement les années 1980-1990 », 2025.

[2] Extrait d’entretien avec Giovanna Rincon, co-directrice de l’association Acceptess-T, 26/06/2021.

[3] Viviane Namaste, Oversight : Critical Reflections on Feminist Research and Politics, Toronto Women’s Press, 2015.

[4] Melina Antoniucci, « Ésta se fue, ésta murió, ésta ya no está más. El Archivo de la Memoria Trans en Argentina », Cuadernos del Centro de Estudios en Diseño y Comunicación. Ensayos, n° 92, 2021.

[5] Marina Silva Duarte, Splendeurs et misères des travesties brésiliennes : histoires croisées entre le Brésil et Paris (1960-2016), thèse, Université Paris Diderot-USPC, 2018 ; Morgane Vanehuin, « Repérer les femmes trans dans l’histoire du sida », Archivistes !, 2024.

[6] Gayle Rubin, « The Traffic in Women : Notes on the Political Economy of Sex », Rayna R. Reiter dir., Toward an Anthropology of Women, Monthly Review Press, 1975 ; Lilian Mathieu, Sociologie de la prostitution, La Découverte, 2015.

[7] Marie-Élisabeth Handman et Janine Mossuz-Lavau, La Prostitution à Paris, La Martinière, 2005.

[8] Didier Fassin et al., Les Lois de l’inhospitalité, La Découverte, 1997.

[9] Karine Espineira, « Transidentités et média(tion)s », Arnaud Alessandrin et Yves Raibaud dir., Géographie des homophobies, Armand Colin, 2013.

[10] Anne Coppel et al., Le bus des femmes prostituées, Éditions Anamosa, 2020.

[11] Lilian Mathieu, « Genèse d’une politique publique : la prévention du VIH dans l’espace de la prostitution », Prostitution et santé communautaire, Daniel Welzer-Lang et Martine Schutz Samson dir., 1999.

[12] Entretien avec Camille Cabral, 2024.

[13] Nicolas Chambon, Véronique Traverso et Halima Zeroug-Vial, « Médiateurs, pairs, interprètes… au secours du soin », Rhizome, n° 75-76, 20

Clark Pignedoli

Sociologue , Chercheur post-doctorant en sociologie à l’Université d’Aix-Marseille

Giovanna Rincon

Militante, Co-fondatrice de l'association Acceptess-T

Camille Cabral

Militante et femme politique, Fondatrice du PASST (Prévention action santé travail pour les transgenres)

Marina Silva Duarte

Historienne, Doctorante en sociologie politique rattachée au CEMS (EHESS) et au CRIDUP (Paris 1 Panthéon Sorbonne)

Notes

[1] PASTT, Camille Cabral et al., recherche-action auprès de transsexuels et travestis prostitués à Paris, avril à septembre 1993 ; Maxime Foerster, Elle ou lui ? Histoire des transsexuels en France, La Musardine, 2007 ; Atelier « ¡ Presente ! Vivement les années 1980-1990 », 2025.

[2] Extrait d’entretien avec Giovanna Rincon, co-directrice de l’association Acceptess-T, 26/06/2021.

[3] Viviane Namaste, Oversight : Critical Reflections on Feminist Research and Politics, Toronto Women’s Press, 2015.

[4] Melina Antoniucci, « Ésta se fue, ésta murió, ésta ya no está más. El Archivo de la Memoria Trans en Argentina », Cuadernos del Centro de Estudios en Diseño y Comunicación. Ensayos, n° 92, 2021.

[5] Marina Silva Duarte, Splendeurs et misères des travesties brésiliennes : histoires croisées entre le Brésil et Paris (1960-2016), thèse, Université Paris Diderot-USPC, 2018 ; Morgane Vanehuin, « Repérer les femmes trans dans l’histoire du sida », Archivistes !, 2024.

[6] Gayle Rubin, « The Traffic in Women : Notes on the Political Economy of Sex », Rayna R. Reiter dir., Toward an Anthropology of Women, Monthly Review Press, 1975 ; Lilian Mathieu, Sociologie de la prostitution, La Découverte, 2015.

[7] Marie-Élisabeth Handman et Janine Mossuz-Lavau, La Prostitution à Paris, La Martinière, 2005.

[8] Didier Fassin et al., Les Lois de l’inhospitalité, La Découverte, 1997.

[9] Karine Espineira, « Transidentités et média(tion)s », Arnaud Alessandrin et Yves Raibaud dir., Géographie des homophobies, Armand Colin, 2013.

[10] Anne Coppel et al., Le bus des femmes prostituées, Éditions Anamosa, 2020.

[11] Lilian Mathieu, « Genèse d’une politique publique : la prévention du VIH dans l’espace de la prostitution », Prostitution et santé communautaire, Daniel Welzer-Lang et Martine Schutz Samson dir., 1999.

[12] Entretien avec Camille Cabral, 2024.

[13] Nicolas Chambon, Véronique Traverso et Halima Zeroug-Vial, « Médiateurs, pairs, interprètes… au secours du soin », Rhizome, n° 75-76, 20