Sport

La cage et le personnage : MMA, spectacle et politique

Anthropologue

L’organisation d’une soirée UFC à la Maison Blanche pour les 250 ans de l’indépendance américaine marque une étape spectaculaire dans la politisation des combats de cage. Des provocations de Sean Strickland aux controverses françaises autour de l’islam, le MMA devient aujourd’hui un langage politique, un dispositif de visibilité individuelle et un espace de mise en scène du pouvoir.

La scène est désormais familière. Deux combattants se font face devant des centaines de milliers de spectateurs connectés, parfois des millions. Avant même que l’affrontement ne commence, les corps circulent déjà sous forme d’images fragmentées : posts Instagram, conférences de presse découpées pour X, altercations filmées à la sortie d’un hôtel, séquences de sparring commentées sur YouTube, podcasts de plusieurs heures transformés en micro-événements médiatiques. Le combat a lieu bien avant la fermeture de la cage. Les athlètes, eux, sont déjà devenus des personnages.

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Au printemps 2026, cette dramaturgie médiatique atteint un niveau presque caricatural autour de l’UFC 328 organisé à Newark, aux États-Unis. Pendant plusieurs semaines, le combat opposant l’Américain Sean Strickland au Tchétchène Khamzat Chimaev déborde largement le simple cadre sportif. Né en Tchétchénie au sein de la Fédération de Russie, passé par la Suède après l’exil de sa famille puis aujourd’hui installé aux Émirats arabes unis, Chimaev incarne à lui seul une trajectoire située à la croisée des diasporas caucasiennes, des circulations migratoires et des nouvelles célébrités sportives transnationales. Les deux hommes se provoquent d’abord sur les réseaux sociaux, lors des conférences de presse, des interviews individuelles et des émissions diffusées en ligne. Les extraits circulent partout. Strickland qualifie Chimaev de « terroriste », attaque ses liens supposés avec Ramzan Kadyrov — dirigeant de la République tchétchène — ironise sur ses difficultés passées à obtenir un visa américain et affirme que « ce type d’étranger » n’a de toute façon rien à faire aux États-Unis. Dans plusieurs séquences devenues virales, il mobilise également tout un imaginaire xénophobe hérité de l’après-11 septembre et des représentations orientalistes de l’islam caucasien, allant jusqu’à reprendre certains stéréotypes insultants associant ces populations à des figures archaïques de ruralité, de sauvagerie s


Laurent Pordié

Anthropologue, chercheur au CNRS