Société

De survivante à domina : une voie de reconstruction de l’intimité sexuelle

chercheuse en études de genre

« Je crois que j’aime bien avoir la position de la personne qui s’arrête au moindre signe de l’autre. Alors que moi, j’ai dit non et on s’est pas arrêté. » Comment des femmes ayant subi des violences sexuelles peuvent-elles trouver dans la domination érotique consentie un levier de reconstruction intime ? Il est question de pouvoir et de consentement, de présence à ses propres sensations et désir.

Les violences sexuelles sont aujourd’hui largement reconnues comme un phénomène structurel, inscrit dans des rapports sociaux de genre qui dépassent les situations individuelles où elles se manifestent.

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Les travaux féministes ont montré comment elles participent à la production et au maintien d’un ordre sexué fondé sur l’asymétrie des pouvoirs, affectant durablement le rapport des femmes et autres groupes vulnérables à leur corps, à leur sécurité, à leur désir et à leur liberté. Dans ce contexte, les représentations de la reconstruction intime et sexuelle après les violences sexuelles privilégient souvent l’idée d’une reconquête de soi passant par la restauration de limites corporelles, la réaffirmation du consentement ou la sortie des situations de domination. Pourtant, certaines expériences viennent troubler cette lecture relativement linéaire.

Dominer pour reconstruire son intimité sexuelle

Dans ma recherche, je me suis intéressée à des femmes*[1] ayant été victimes de violences sexuelles et pratiquant la domination érotique consentie[2] dans une position dominante. Ensemble, nous avons interrogé la manière dont cela avait pu contribuer au parcours de reconstruction de leur intimité sexuelle.

À première vue, le constat surprend. Comment comprendre que des survivantes ayant été confrontées à des expériences de violation et de dépossession puissent trouver des ressources dans des scénarios sexuels qui mettent précisément en jeu le pouvoir, la violence ou la domination, et ce, même si les rôles semblent « inversés » ?

La question s’est largement posée dans le débat féministe autour des positions de soumission désirées par des femmes*, le fantasme du viol, le traumaplay, etc. Certaines auteur·ices rattachées au courant féministe radical y ont vu la continuité et l’érotisation de la violence et des rapports de pouvoir patriarcaux. À l’inverse, au sein du courant pro-sexe, les auteur·ices tendent à souligner leur potentiel de réappropriation et de redéfinitio


[1] Le terme femme* renvoie ici à l’expérience des personnes ayant été socialisées comme femmes, indépendamment de la manière dont elles se définissent aujourd’hui.

[2] J’utilise ici l’expression « pratiques érotiques de domination consentie » et non l’acronyme BDSM. Au-delà d’une appartenance communautaire, il s’agit de saisir des pratiques, des dynamiques relationnelles et des expériences vécues qui peuvent concerner des personnes ne se reconnaissant pas dans cette catégorie.

[3] Linda Martín Alcoff, Rape and resistance: Understanding the complexities of sexual violation. Polity Press, 2018.

Lola Podevijn

chercheuse en études de genre, Titulaire d’un Master de spécialisation en études de genre (UCLouvain) et d’un Master en sciences du travail (ULB)

Rayonnages

SociétéGenre

Mots-clés

Sexualité

Notes

[1] Le terme femme* renvoie ici à l’expérience des personnes ayant été socialisées comme femmes, indépendamment de la manière dont elles se définissent aujourd’hui.

[2] J’utilise ici l’expression « pratiques érotiques de domination consentie » et non l’acronyme BDSM. Au-delà d’une appartenance communautaire, il s’agit de saisir des pratiques, des dynamiques relationnelles et des expériences vécues qui peuvent concerner des personnes ne se reconnaissant pas dans cette catégorie.

[3] Linda Martín Alcoff, Rape and resistance: Understanding the complexities of sexual violation. Polity Press, 2018.