Brion Gysin tel qu’en lui-même – sur Voyage à Alamût
L’exposition « Le dernier Musée » consacrée à Brion Gysin se tient jusqu’au 12 juillet au Musée d’art moderne de Paris, et, récemment, à la New Galerie dans le IIIe arrondissement, une autre exposition lui était consacrée, intitulée « Underwood 2246449-5 (Les Diables de Brion) ».

Si au Musée d’art moderne l’œuvre de Gysin, bien que sérieusement documentée, laisse à penser qu’il fut un touche-à-tout passant de la peinture à la photographie et de la photographie à la performance avec une virtuosité d’amateur, celle de la New Galery nous a montré un Gysin expérimentateur et parfois même casse-cou. Mais on se réjouit de la visibilité accordée enfin à cet artiste américano-canadien né en 1916 et mort en 1986 pour qui la contre-culture était le seul lieu de liberté, même à payer le prix du malentendu.
Aussi est-ce l’occasion de lire son Voyage à Alamût traduit de l’anglais par Olivier Borre et Dario Rudy qui raconte son périple en Iran à l’été 1973 à l’âge de 57 ans. Écrit dans une langue frontale et entraînante qui peut sembler étrange aux habitués de Gysin qui connaissent ses poèmes s’enchaînant comme autant de captations de ses états de conscience, ce livre est d’une facture classique. Mais pour autant, comme il est écrit à la première personne, on dirait bien qu’il fait écho à ce poème bien connu de son recueil Permutations composé en lettres capitales, qui se joue de l’identité et du sens : « I AM THAT I AM / I AM THAT I / AM I AM THAT / I AM / I AM / THAT I AM / I AM THAT I AM / I AM THAT AM I / I AM / AM I THAT AM / I THAT I AM AM… »
Un épisode donne le ton de ce récit. Le guide qui accompagne Gysin sur la route d’Alamût lui dit : « Vous voyez la troisième ligne de montagnes, là-bas ? Alamût se trouve juste au-dessus du point vert. » Alors Gysin prend ses jumelles mais ne voit rien à cause des bourrasques de vent sauf un aigle dans le ciel. Et Gysin de faire ce commentaire : « Alamût signifie l’Aire, le Nid de l’aigle » (p 47).
C’est qu’on rit souvent e
