Écologie

Le pari de l’hydrogène bas-carbone

Économiste

Climat, souveraineté, compétitivité : l’Europe n’arrive pas à trancher. La transition énergétique réduit les imports de gaz russe mais crée de nouvelles dépendances envers la Chine pour les équipements. L’hydrogène bas-carbone apparaît comme la solution à tous les angles du dilemme mais son développement bute sur un problème de coordination structurel, des industries fragilisées et une puissance publique dont le mandat industriel reste fragile, contesté, et soumis aux aléas du consensus entre États membres.

L’actualité en Europe est marquée par un trilemme particulièrement saillant entre trois dimensions conflictuelles : climat, souveraineté et compétitivité.

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La transition énergétique en cours en Europe vise à substituer les usages des énergies fossiles par des vecteurs énergétiques bas-carbone le plus souvent (issus de) l’électricité pour atteindre des objectifs d’atténuation du changement climatique. Cette transition permet de réduire les importations d’énergies fossiles provenant de certains pétro-états, comme la Russie, mais implique possiblement de nouvelles dépendances envers d’autres électro-États[1], comme la Chine, pour l’approvisionnement en équipements électriques. La mesure dans laquelle cette transition peut se matérialiser rapidement dépend de la propension des individus à consentir à des investissements importants pour changer leurs équipements énergétiques (voitures électriques, pompes à chaleur, etc.) et à accepter un prix plus élevé pour certains biens lorsque fabriqués avec des procédés à faible teneur en carbone[2].

Les politiques européennes précédentes soutenant le développement des technologies vertes ont jusqu’ici priorisé la compétitivité des technologies au détriment du développement de filières de fabrication domestiques. Les pays européens ont, dès les années 2010, consenti à des imports massifs, depuis la Chine notamment, des modules solaires photovoltaïques, onduleurs, batteries et autres équipements électriques nécessaires à la transition.

Les bouleversements géopolitiques récents – guerre en Ukraine, guerre en Iran, politiques mercantilistes américaines, prédations commerciales de la Chine – ont provoqué une rupture avec cette approche. L’Union Européenne (UE) dans son « Green Deal Industrial Plan » (2023) met l’autonomie stratégique de l’Europe au même plan que les objectifs de neutralité carbone. Alors que les chaînes de production des technologies vertes déjà matures (solaire photovoltaïque, batteries) seront difficilement r


[1] Notion introduite par Anne-Sophie Corbeau « La filière hydrogène dans le contexte géopolitique mondial », Revue de l’Énergie, n° 682, février 2026.

[2] Les chocs sur les prix des énergies fossiles induits par les évènements géopolitiques récents peuvent cependant inverser cette tendance et rendre l’adoption d’équipements bas-carbone profitable.

[3] Ce dit de mesures de soutien direct attribués à une industrie ou un secteur jugé comme stratégique par la puissance publique

[4] Ce qui suit provient d’une revue de la littérature académique récente en économie industrielle, notamment : McNamara (2024), Di Carlo and Schmitz (2023), de Bandt (2024), Rodrik (2014, 2020) et des policy briefs : Monteiro de Macedo (2024), Poitiers (2022).

[5] Voir par exemple les procédures administratives accélérées pour les projets « stratégiques net-zero », les réglementations pour définir l’hydrogène renouvelable (« RFNBO »), les mandats d’incorporation de molécules vertes dans l’aviation, ou bien la cible de production des technologies vertes sur le sol de l’UE (40% en 2030).

[6] Dani Rodrik, « Green industrial policy », Oxford review of economic policy, vol. 30, n° 3, 2015.

Nicolas Hatem

Économiste , Chercheur postdoctoral à CentraleSupélec (Université Paris-Saclay)

Notes

[1] Notion introduite par Anne-Sophie Corbeau « La filière hydrogène dans le contexte géopolitique mondial », Revue de l’Énergie, n° 682, février 2026.

[2] Les chocs sur les prix des énergies fossiles induits par les évènements géopolitiques récents peuvent cependant inverser cette tendance et rendre l’adoption d’équipements bas-carbone profitable.

[3] Ce dit de mesures de soutien direct attribués à une industrie ou un secteur jugé comme stratégique par la puissance publique

[4] Ce qui suit provient d’une revue de la littérature académique récente en économie industrielle, notamment : McNamara (2024), Di Carlo and Schmitz (2023), de Bandt (2024), Rodrik (2014, 2020) et des policy briefs : Monteiro de Macedo (2024), Poitiers (2022).

[5] Voir par exemple les procédures administratives accélérées pour les projets « stratégiques net-zero », les réglementations pour définir l’hydrogène renouvelable (« RFNBO »), les mandats d’incorporation de molécules vertes dans l’aviation, ou bien la cible de production des technologies vertes sur le sol de l’UE (40% en 2030).

[6] Dani Rodrik, « Green industrial policy », Oxford review of economic policy, vol. 30, n° 3, 2015.