Politique

Le dimanche de la vie, sans nostalgie ni utopie

Philosophe

Pourquoi les peintres hollandais du XVIIe siècle ont-ils représenté la vie ordinaire ? Parce qu’elle signifiait une liberté conquise. Cette leçon hégélienne interroge notre propre rapport au présent : pris entre nostalgie et utopie, incapables de voir dans le quotidien le reflet d’une existence méritée, il nous reste à identifier les pratiques qui, ici et maintenant, témoignent d’une liberté encore vivante.

Dans son cours sur l’esthétique (à partir de 1820), le philosophe Hegel explique pourquoi les peintres hollandais du XVIIe siècle ont délaissé les grands sujets de la mythologie et de la religion pour représenter des scènes de la vie quotidienne, fêtes de village, discussions domestiques, ou loisirs sur la glace, comme dans les nombreuses peintures de Hendrick Avercamp.

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Pourquoi peindre ces moments banals de l’existence puisque les gens en faisaient déjà l’expérience chaque jour ? Pour Hegel, le sens de ces peintures, qui montrent la vie paisible, ou « le dimanche de la vie » selon sa propre expression, provient de deux moments de libération essentiels dans l’histoire de ce pays.

Ce que ces peintres montrent indirectement, c’est la maîtrise de l’élément naturel, en l’occurrence le niveau de la mer, grâce aux digues. Mais les Hollandais de cette époque se sont également libérés du joug espagnol et catholique. La vie paisible et laborieuse à laquelle ils peuvent se consacrer et que certains d’entre eux sont en mesure de figurer dans les peintures de genre signifie la liberté qu’ils ont conquise en repoussant la puissance étrangère. 

Il y a plusieurs lectures et plusieurs usages de cet extrait bien connu de la philosophie hégélienne. Pour en comprendre toute l’épaisseur, les spécialistes jugeront utile de le réinscrire dans l’ensemble du système philosophique de Hegel, en rappelant que la dimension sensible de tout art doit être comprise comme manifestation de l’Esprit. On peut aussi mettre la lecture hégélienne de la peinture hollandaise du XVIIe siècle à l’épreuve d’une approche historique de l’art ou encore d’une histoire de l’esthétique. La question que pose Hegel à propos de la peinture hollandaise se justifie spécifiquement parce que cette peinture semble ne rien « ajouter » à l’expérience quotidienne de la vie. Mais quand la production artistique a une évidente fonction de divertissement, d’édification ou de protestation, entre autres, il n’est pas mo


Philippe Éon

Philosophe