Culture

La liberté de création à l’épreuve des nouvelles formes de censure

Juriste

Les cas de censure dans l’art se multiplient en France, révélant une diversification des acteurs et des méthodes d’entrave à la liberté de création. Face à ces nouvelles pratiques que le droit peine à encadrer, il nous faut réfléchir à une désétatisation des politiques culturelles, et une procéduralisation de la liberté de création, seules pistes réalistes à même de garantir le pluralisme et l’indépendance artistique.

La question de la censure dans l’art connaît aujourd’hui un regain d’acuité en France, marqué par une transformation profonde de ses modalités et de ses acteurs. Loin de se limiter aux interventions étatiques classiques, les atteintes à la liberté de création et de diffusion des œuvres se multiplient au niveau local — avec un regain très net avec l’arrivée de nouveaux maires après les élections — et émanent de groupes de pression diversifiés.

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Les récents changements politiques, notamment à l’issue des élections municipales, ont mis en lumière une recrudescence des cas de censure institutionnelle. En juin 2026, l’Observatoire de la liberté de création (OLC) a d’ailleurs interpellé l’Association des maires de France (AMF) face à la multiplication des censures municipales (« L’Observatoire de la liberté de création écrit à l’Association des maires de France face à la recrudescence des actes de censure émanant des maires », 18 juin 2026). Des maires n’hésitent plus à déprogrammer des œuvres, à l’instar des annulations de projections de films documentaires à Gouzon, de l’annulation d’une saison culturelle entière à Saint-Loubès au prétexte de travaux urgents, ou encore de l’interdiction par le maire de Bretoncelles à sa médiathèque d’acquérir un roman publié par une administrée.

La problématique actuelle de la censure s’illustre également par la recrudescence des cas de censures au nom de causes que l’on ne peut que partager mais qui prennent l’art en otage par l’importation de conflits géopolitiques dans le champ culturel, comme en témoigne le boycott du cinéaste israélien Nadav Lapid lors du Festival International de Cinéma de Marseille (FID) en juin 2026. Dans la même ville, un collectif a appelé à manifester contre la venue de Joann Sfar avec un slogan ambigu (« Sionistes hors de notre ville »). Face à ces dérives, les acteurs culturels et les associations de défense des libertés obtiennent toutefois des victoires devant les tribunaux administratifs, comme


Thomas Perroud

Juriste, Professeur de droit public à l’Université Panthéon-Assas