Théâtre

Jeanne Candel : « Le théâtre prend du temps »

Philosophe et écrivain

Qu’est-ce que ce serait et qu’est-ce que ça ferait d’être dans le ventre d’un poète ? La question est au cœur de CAPRA (une chèvre), le nouveau spectacle de Jeanne Candel qui devrait être créé le 19 juillet au Festival d’Avignon – sauf si la grève générale qui menace le spectacle vivant depuis les coupes drastiques infligées à 28 grandes structures du théâtre public en décide autrement. Rencontre avec une metteure en scène pour qui expérimenter et inventer prennent du temps, et pour qui c’est précisément ce temps-là qui est en danger.

Jeanne Candel est metteure en scène, actrice et performeuse. Formée au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique puis auprès du metteur en scène hongrois Árpàd Schilling, Jeanne Candel fonde en 2009 la compagnie la vie brève, avec laquelle elle invente une écriture de plateau résolument collective : l’acteur y est pensé comme créateur à part entière.

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Sa méthode repose sur l’improvisation et le bricolage : rien n’est écrit à l’avance, tout se cherche en répétition, dans un dialogue permanent entre les corps, les voix et la musique. Cette recherche donne naissance à des spectacles comme Robert Plankett (2010), puis, après sa rencontre avec Samuel Achache, à un théâtre où la musique devient une matière dramatique à part entière — Le Crocodile Trompeur / Didon et Énée d’après Purcell (2013), Orfeo d’après Monteverdi (2017). Elle explore aussi la création in situ, où le lieu lui-même dicte le récit, du court de tennis à l’église désaffectée. Depuis 2019, elle codirige avec Marion Bois et Elaine Méric le Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes. Après BAÙBO – de l’art de n’être pas mort d’après Buxtehude, Musil et Schütz en janvier 2023 et Fusées, pour tous publics, en septembre 2024, elle créera le 19 juillet au Festival d’Avignon CAPRA (une chèvre). B. G.

Le 3 juillet, la veille de l’ouverture du Festival d’Avignon, le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac) a adressé au président de la République un courrier dénonçant des annulations drastiques des crédits attribués à 28 structures théâtrales et, plus généralement, la baisse significative des subventions au service public de la culture. Dimanche 12 juillet, juste avant la dernière du spectacle de Julien Gosselin dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, neuf artistes du spectacle vivant accompagnés par une quarantaine de créateurices ont lu un texte dénonçant les effets de ces coupes budgétaires sur l’ensemble de l’écosystème de la culture. Une grève généra


Bastien Gallet

Philosophe et écrivain