Enseigner l’économie du changement climatique par la fiction
Comment enseigner l’économie du changement climatique lorsque les outils de l’économie standard peinent précisément à penser la crise écologique ? Comment former des économistes capables d’habiter un monde soumis aux limites planétaires plutôt que de raisonner comme si celles-ci n’existaient pas ?

Dans les universités françaises, les enseignements d’économie de la transition ou du changement climatique sont généralement optionnels dans les programmes des licences d’économie et de gestion. Quelques heures optionnelles à côté d’un enseignement majoritairement théorique, technique et quantitatif d’une théorie économique hors sol et sans limites planétaires… Comment faire de ce temps pédagogique un enseignement impactant qui éveille les consciences, l’esprit critique et l’agentivité des étudiants ?
Telles sont les questions auxquelles je me suis confrontée ces dernières années dans le cadre d’un cours d’économie du changement climatique en troisième année de licence d’économie et de gestion à l’université de Bordeaux. Les premières années ont été faites de tâtonnements et d’insatisfaction. En cherchant, dans un premier temps, à répondre aux attendus implicites d’un tel intitulé, à savoir faire entrer le climat dans la boîte à outils standards de l’économie pour en faire un objet soi-disant évaluable et gérable par des calculs coûts-bénéfices, deux constats m’ont frappée : la méconnaissance des étudiants du phénomène de changement climatique, ainsi que leurs sentiments ambivalents face au sujet.
Crise écologique et crise de la sensibilité
Une grande majorité des étudiants n’a en effet qu’une compréhension réduite et très relative du phénomène de changement climatique, ses causes, ses conséquences, sa nature systémique et interdépendante des autres limites planétaires, sa dynamique évolutive faite d’irréversibilités et de points de bascule (les fameux « tipping points »). Autant d’éléments et de connaissances qui sont pourtant des prérequis pour pouvoir appréhen
