économie

Bureaux : de l’open space à l’hôtel, une fausse solution à la crise du travail

sociologue, Architecte

Pour réenchanter et enrayer la désertion des bureaux par les salariés au profit du télétravail, les entreprises misent sur l’esthétique des lieux et le plaisir de leur fréquentation. Les outils des sciences sociales conduisent plutôt à considérer le rôle structurant des bureaux dans les relations sociales et le pouvoir d’agir au travail.

Transformer les bureaux en lieux inspirés de l’hôtellerie et considérer les salarié·es comme des « clients » suffirait-il à résoudre la crise du travail ? Rien n’est moins sûr. Depuis plusieurs années, les acteurs de l’immobilier tertiaire multiplient les solutions censées « réenchanter » les espaces de travail afin d’enrayer la désertion des bureaux au profit du télétravail et « réengager » les salarié·es. Ces solutions, toutefois, risquent de demeurer superficielles si elles ne s’attaquent pas aux conditions concrètes de réalisation du travail.

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Les apports des sciences sociales rappellent que les bureaux ne constituent pas un simple décor, mais participent à structurer l’activité, les relations sociales et le pouvoir d’agir.

Le récit d’un désengagement

Depuis la crise sanitaire, un diagnostic s’est progressivement imposé dans le débat public : les salarié·es se seraient détourné·es du travail. Les expressions de « grande démission » ou de quiet quitting ont circulé au sein des directions d’entreprise et dans certains médias au point d’être appuyées en 2022 par le sondage d’opinion de la Fondation Jean-Jaurès et de l’IFOP[1]. Le travail n’attirerait plus, l’effort ne mobiliserait plus, par conséquent, le bureau serait devenu un lieu dont on cherche à s’éloigner.

Or, les sciences humaines et sociales montrent que le problème ne réside pas tant dans une dévalorisation du travail que dans une transformation des attentes à son égard. Ce qui semble s’éroder, ce n’est pas l’attachement au travail en tant que tel, mais la tolérance à certaines conditions de travail : intensification des tâches, perte d’autonomie, contrôle accru, déficit de reconnaissance, sentiment d’incohérence ou d’inutilité. Ces conditions renvoient à une question de soutenabilité du travail bien plus qu’à une supposée paresse collective. Autrement dit, le travail demeure central, mais ses conditions sont de plus en plus contestées, même lorsqu’elles continuent d’être acceptées faute d’altern


[1] Jérôme Fourquet et Jérémie Peltier, « Grosse fatigue et épidémie de flemme : quand une partie des Français a mis les pouces », Fondation Jean Jaurès, 2022.

[2] 44 % des salariés concernés dans les entreprises de plus de 1000 salariés selon le baromètre Actineo, 2025.

[3] 23 % des salariés concernés dans les entreprises de plus de 1000 salariés selon le baromètre Actineo, 2025.

[4] François Hubault (dir.), Les espaces du travail : enjeux, savoirs, pratiques, Éditions Octarès, 2017.

[5] Caroline Datchary, La dispersion au travail, Octarès Éditions, 2011.

[6] Étienne Maclouf, « Espaces de travail et management », Revue de gestion des ressources humaines, 81(3), 2011.

[7] César Armand, « Retour au bureau, cinq ans après le Covid : « Nous devons penser le collaborateur comme un client » », La Tribune, 16 mars 2025.

[8] L’anthropologue Marc Augé a forgé le concept de « non-lieu » pour désigner ces espaces de circulation qui ne produisent ni identité, ni mémoire collective, ni relations durables. Aéroports, centres commerciaux, halls d’hôtel. On y transite sans s’y attacher. Marc Augé, Non-Lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Éditions du Seuil, 1992.

[9] Luc Boucris, L’espace en scène, Librairie théâtrale, 1958.

[10] François Hubault, Les espaces du travail, voir note 4.

[11] La sociologue Marine Duros a montré combien les impératifs de rentabilité et de valorisation actionnariale tendent à redéfinir en profondeur les modes de gestion, les indicateurs de performance et les arbitrages immobiliers. Dans ce cadre, l’immobilier tertiaire n’apparaît plus seulement comme un support matériel du travail, mais comme un actif stratégique dont la valeur doit être optimisée, sécurisée et rendue visible. Marine Duros, Immobilier hors-sol. Comment la finance s’empare de nos villes, Raisons d’agir, coll. Microcosmes, 2025.

Édouard Chamblay

sociologue, doctorant en sociologie au Lise (Cnam-CNRS)

Mathieu Lefranc

Architecte, architecte-programmiste, chercheur au au Centre d’étude des techniques, des connaissances et des pratiques

Rayonnages

ÉconomieEmploi

Mots-clés

Néolibéralisme

Notes

[1] Jérôme Fourquet et Jérémie Peltier, « Grosse fatigue et épidémie de flemme : quand une partie des Français a mis les pouces », Fondation Jean Jaurès, 2022.

[2] 44 % des salariés concernés dans les entreprises de plus de 1000 salariés selon le baromètre Actineo, 2025.

[3] 23 % des salariés concernés dans les entreprises de plus de 1000 salariés selon le baromètre Actineo, 2025.

[4] François Hubault (dir.), Les espaces du travail : enjeux, savoirs, pratiques, Éditions Octarès, 2017.

[5] Caroline Datchary, La dispersion au travail, Octarès Éditions, 2011.

[6] Étienne Maclouf, « Espaces de travail et management », Revue de gestion des ressources humaines, 81(3), 2011.

[7] César Armand, « Retour au bureau, cinq ans après le Covid : « Nous devons penser le collaborateur comme un client » », La Tribune, 16 mars 2025.

[8] L’anthropologue Marc Augé a forgé le concept de « non-lieu » pour désigner ces espaces de circulation qui ne produisent ni identité, ni mémoire collective, ni relations durables. Aéroports, centres commerciaux, halls d’hôtel. On y transite sans s’y attacher. Marc Augé, Non-Lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Éditions du Seuil, 1992.

[9] Luc Boucris, L’espace en scène, Librairie théâtrale, 1958.

[10] François Hubault, Les espaces du travail, voir note 4.

[11] La sociologue Marine Duros a montré combien les impératifs de rentabilité et de valorisation actionnariale tendent à redéfinir en profondeur les modes de gestion, les indicateurs de performance et les arbitrages immobiliers. Dans ce cadre, l’immobilier tertiaire n’apparaît plus seulement comme un support matériel du travail, mais comme un actif stratégique dont la valeur doit être optimisée, sécurisée et rendue visible. Marine Duros, Immobilier hors-sol. Comment la finance s’empare de nos villes, Raisons d’agir, coll. Microcosmes, 2025.