Architecture

L’architecture, instrument des guerres culturelles

Architecte et urbaniste

L’annonce du début des travaux de l’arc de triomphe voulu par Trump est l’occasion d’un bref panorama de ce qui sert une instrumentalisation politique de l’architecture. C’est ainsi que l’on suit par exemple le fil de Léon Krier, urbaniste antimoderniste, des États-Unis à Rome en passant par l’Angleterre. Certes, le néoclassique se prête bien à une rhétorique identitaire. Mais c’est plus le populisme qui est architectural que l’inverse.

Dans un contexte mondial marqué par la montée des discours populistes et autoritaires, l’architecture apparaît comme un vecteur privilégié de construction identitaire et un instrument majeur des guerres culturelles. Si les formes de représentation du pouvoir et, par conséquent, l’instrumentalisation politique de l’architecture relèvent de phénomènes de longue durée, le XVIIIe siècle marque une rupture décisive.

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Avec l’émergence d’une sphère et d’une opinion publiques[1], les modalités de légitimation de l’architecture se complexifient. Par la suite, la multiplication des acteurs au sein des régimes démocratiques du XXe siècle ne fait qu’accentuer le rôle de l’architecture comme instrument des « guerres culturelles ». L’« entrée architecturale » constitue ainsi un point de départ particulièrement fécond pour éclairer certaines dérives populistes et autoritaires contemporaines.

Dans une dynamique caractéristique des rhétoriques populistes-autoritaires – qui consiste à polariser les opinions autour d’alternatives fallacieuses et, en définitive, à fabriquer des ennemis imaginaires afin de détourner l’attention des véritables enjeux –, l’architecture constitue un instrument particulièrement efficace. Elle permet de donner une forme concrète et immédiatement perceptible à des récits politiques autrement complexes. Sa matérialité, sa visibilité et sa capacité à devenir image en font un support privilégié de la simplification du débat public. Comme nous le verrons, cette logique nourrit un discours démagogique récurrent contre la modernité architecturale, et plus particulièrement contre le logement social, cible privilégiée des forces conservatrices depuis les années 1970. Elle révèle la continuité historique qui relie certains présupposés du néolibéralisme aux plus récentes formes d’autoritarisme d’extrême droite.

Néoclassicismes identitaires et postmodernité

Aux États-Unis, le décret visant à promouvoir une « belle architecture civique fédérale » a été promulgué


[1] Hélène Jannière, La Critique architecturale, un espace disputé : critiques, architectes et opinion publique, France 1953-1977, Presses Universitaires de Rennes, 2025.

[2] « L’arche monumentale voulue par Donald Trump validée par la commission des beaux-arts de Washington », Le Monde, 22 mai 2026 ; voir également l’épisode de l’émission Le dessous des images, « Trump veut son arc de triomphe ».

[3] Isabelle Regnier, « L’architecture, outil de propagande pour les nationalistes », Le Monde, 5 mai 2025.

[4] Marc-Olivier Bherer, « Avec le phénomène Trump, une nouvelle histoire de la droite américaine », Le Monde, 31 mai 2025.

[5] Peter Calthorpe, William Fulton, The Regional City: Planning for the End of Sprawl, Island Press, 2001; Steven Brooke, Seaside, Pelican Publishing Company, 1995 ; John A. Dutton, New American Urbanism : Re-forming the Suburban Metropolis, Skira, 2001.

[6] Federico Ferrari, « Celebration – États-Unis, ou de l’exclusivité », in Le populisme esthétique. L’architecture comme outil identitaire, Infolio, 2015.

[7] Pour une synthèse des ideés de Krier, voir Léon Krier, Architettura. Scelta o fatalità, Laterza, 1995.

[8] Jürgen Habermas, « La modernité : un projet inachevé », Critique, 413, p. 952.

[9] Léon Krier, « Poundbury Masterplan. Dorchester, Dorset, 1988-1991 », Architectural Design, 9-10, 1993. Voir aussi Federico Ferrari, « Poundbury – Royaume-Uni, ou de l’identité », in Le populisme esthétique. L’architecture comme outil identitaire, Infolio, 2015.

[10] Eleonora Martini, « Periferie, il piano d’oro di Alemanno », Il Manifesto, 3 novembre 2010 ; Mauro Cifelli, « Masterplan Tor Bella Monaca, Alemanno: “Presto la demolizione” », Romatoday, 31 janvier 2012.

[11] Federico, Ferrari, « Milano 2, ville idéale de Silvio Berlusconi. Le récit à l’œuvre dans la promotion privée », in Récits de villes. Usages de l’histoire et changements urbain, Presses universitaires de Rennes, 2026.

[12] Isabelle Regnier, voir note 3.

[13] Adrian Forty, « Introducti

Federico Ferrari

Architecte et urbaniste, maître de conférences à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Malaquais – PSL

Mots-clés

Extrême droite

Notes

[1] Hélène Jannière, La Critique architecturale, un espace disputé : critiques, architectes et opinion publique, France 1953-1977, Presses Universitaires de Rennes, 2025.

[2] « L’arche monumentale voulue par Donald Trump validée par la commission des beaux-arts de Washington », Le Monde, 22 mai 2026 ; voir également l’épisode de l’émission Le dessous des images, « Trump veut son arc de triomphe ».

[3] Isabelle Regnier, « L’architecture, outil de propagande pour les nationalistes », Le Monde, 5 mai 2025.

[4] Marc-Olivier Bherer, « Avec le phénomène Trump, une nouvelle histoire de la droite américaine », Le Monde, 31 mai 2025.

[5] Peter Calthorpe, William Fulton, The Regional City: Planning for the End of Sprawl, Island Press, 2001; Steven Brooke, Seaside, Pelican Publishing Company, 1995 ; John A. Dutton, New American Urbanism : Re-forming the Suburban Metropolis, Skira, 2001.

[6] Federico Ferrari, « Celebration – États-Unis, ou de l’exclusivité », in Le populisme esthétique. L’architecture comme outil identitaire, Infolio, 2015.

[7] Pour une synthèse des ideés de Krier, voir Léon Krier, Architettura. Scelta o fatalità, Laterza, 1995.

[8] Jürgen Habermas, « La modernité : un projet inachevé », Critique, 413, p. 952.

[9] Léon Krier, « Poundbury Masterplan. Dorchester, Dorset, 1988-1991 », Architectural Design, 9-10, 1993. Voir aussi Federico Ferrari, « Poundbury – Royaume-Uni, ou de l’identité », in Le populisme esthétique. L’architecture comme outil identitaire, Infolio, 2015.

[10] Eleonora Martini, « Periferie, il piano d’oro di Alemanno », Il Manifesto, 3 novembre 2010 ; Mauro Cifelli, « Masterplan Tor Bella Monaca, Alemanno: “Presto la demolizione” », Romatoday, 31 janvier 2012.

[11] Federico, Ferrari, « Milano 2, ville idéale de Silvio Berlusconi. Le récit à l’œuvre dans la promotion privée », in Récits de villes. Usages de l’histoire et changements urbain, Presses universitaires de Rennes, 2026.

[12] Isabelle Regnier, voir note 3.

[13] Adrian Forty, « Introducti